IVG en France : la fuite en avant

230 000 IVG annuelles en moyenne depuis 1975. C’est le triste chiffre du bilan de l’avortement en France depuis le vote de la loi Veil sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, décédé début décembre, et pour lequel, cruel paradoxe, un deuil national a été décrété le 9 décembre. Il est cependant en France un sujet qui fait l’objet d’un déni institutionnel majeur : le débat éthique sur l’IVG et ses conséquences psycho-traumatiques.
 IVG en France : la fuite en avant
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Le Ministère de la santé voudrait faire croire que l’IVG est un acte anodin, banal et sans conséquence. Pour cela, il utilise tous les leviers possibles de la propagande, et se montre déterminé à lutter contre toute opinion adverse, alors même qu’aucune étude scientifique ne permet aujourd’hui de corroborer son parti pris.  Au contraire, derrière les discours de façade, une autre réalité affleure : celle de la souffrance des femmes, des couples, des soignants.

Cependant, même cette souffrance risque bientôt de devenir un délit.

Les prochaines lois sur la sécurité globale et les « séparatismes » portées par le Président Emmanuel Macron contiennent des germes anti-démocratiques préoccupants : elles prévoient en particulier de réintroduire la lutte contre les discours de haine sur Internet, c’est-à-dire ni plus ni moins les opinions contraires à l’idéologie dominante. Ceci englobe les sites informant  les femmes sur la nature et les conséquences de cet acte, proposant des alternatives, ainsi que tous les témoignages relatifs à la souffrance post-IVG. Ainsi le site ivg.net se trouve dans le viseur du gouvernement depuis des mois, accusé de vouloir dissuader les femmes d’avorter, et donc de se rendre coupable du délit d’ « entrave à l’IVG », délit pénalement condamné dans le droit français.

Pendant ce temps, la propagande gouvernementale bat son plein.

Le gouvernement français a profité de l’état de sidération des français pour faire passer en catimini un projet de loi autorisant l’allongement du délai légal de l’IVG de 12 à 14 semaines, projet qui n’a fait l’objet d’aucun débat à l’échelle nationale. Le gouvernement est passé au-dessus des réticences du principal Syndicat National des Obstétriciens, ainsi que de celles de l’Académie de Médecine. Cependant, le projet, déjà été adopté par 86 députés le 9 octobre dernier, doit être soumis au Sénat, le 20 Janvier prochain.

Seul le CCNE (Conseil Consultatif National d’Ethique), dont l’intégralité des membres avait été renouvelée sous la présidence socialiste de François Hollande, a donné son feu vert en précisant que ce projet ne contenait à ses yeux aucun problème éthique, et qu’il répondait même au principe de « bienfaisance » (puisqu’il permettrait d’éviter à un millier de femmes d’aller avorter à l’étranger).

L’ « idéologie ivégiste » issue de Mai 68, ainsi nommée par la philosophe Elisabeth Sledziewski, est plus que jamais à l’œuvre derrière les manoeuvres politiques. Elle incarne une fuite en avant perpétuelle, de plus en plus déconnectée des réalités vécues.

L’héritage de l’ancien Président Giscard d’Estaing est donc lourd, très lourd. Lourd du silence et du poids de toutes les souffrances vécues, celles des femmes, mais aussi des hommes, des médecins et de la société tout entière.

Demain, il faudra se battre, non seulement contre la loi du silence, mais aussi contre les pressions morales, psychologiques, pénales qui risquent de peser de plus en plus sur les défenseurs de la vie et sur toutes les femmes fragilisées par une société qui se lave les mains de leur détresse et les condamne à la solitude.

Sabine Faivre (Psychologue et Auteur de « la vérité sur l’avortement aujourd’hui », Ed Téqui, 2006).

 

 

 

 

 

 


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