Victor Thommée, un Général issu de l'immigration française en Pologne

On parle plus souvent de l'immigration Polonaise en France et de leurs enfants comme Raymond Kopaszewski, dit Kopa, ou d'Irène Curie fille de Maria Skłodowska-Curie. Par contre, on parle moins de l'immigration dans le sens de la France vers la Pologne. Laissez moi vous présenter un petit-fils de Français né en Pologne, le Général Wiktor Thommée.
 Victor Thommée, un Général issu de l'immigration française en Pologne

Ici commence son histoire :

Wiktor Thommée est né à Święciany le 30 décembre 1881. Il est le fils d' Édouard Thommée, né en Pologne de parents Français, et de Józefa Egertów une Polonaise "de souche". 

Il grandit à Święciany où il passe une enfance insouciante et joyeuse malgré le contexte polonais au XIX° siècle. Il fera, avec son petit frère Paweł, quelques séjours en France. Les Thommée sont des protestants évangéliques pratiquants. 

Wiktor a fait ses études à Święciany, Lida et Dyneburg. En 1901, il entre à l'école des officiers de Saint-Pétersbourg, dont il sort avec le grade de sous-lieutenant, et fut affecté au 124e régiment d'infanterie de Voronej. De 1904 à 1905, il participe à la guerre russo-japonaise. Durant ce conflit, il sera fait deux fois prisonnier et reviendra blessé. Après quelques temps de convalescence dans un hôpital militaire, il étudiera le commerce à la Haute École de Commerce de Charków. 

Entre 1912 et 1914 il est étudiant à l'Académie militaire de l'état-major général de Saint-Pétersbourg et à partir du 17 juillet 1914, il commande d'abord la 9e compagnie du 276 régiment Kupianski de la 69e division d'infanterie. Pendant la Première Guerre mondiale il est nommé adjudant principal d'état-major général du 47e corps sur le front roumain.

La guerre est finie, et le 11 novembre 1918 la Pologne retrouve enfin son indépendance : Wiktor rentre au pays.

En Pologne, il forme avec la division du Général Lucjan Żeligowski, la 10ème Division d'infanterie dont il sera nommé chef. 

Pendant les guerres polono-ukrainienne et polono-bolchévique qui se sont déroulées de 1919 à 1921 (qui émaillent les premières années de la Pologne à nouveau libre) Wiktor est nommé chef de la division du troisième état-major du front sud-ouest, du front de Mazovie et de la 1ère Armée. 

Il prendra le 17 juin 1920 le commandement du 28ème Régiment de Tireur de Kaniowski, puis il commandera les 19ème et 20ème Brigades d'infanterie. Le 10 août 1921, il devient chef d'état-major du district général de Brest-Litovsk ; la Pologne a terrassé les Ukrainiens puis les bolcheviques. 

Wiktor est affecté en 1922 comme officier d'état-major au service d'inspection des armées à Toruń. 

Ville où il rencontrera son épouse la belle Niwa. De cette union naîtra une fille, Wiolanta. 

Le 21 mars 1924, il est promu Général de brigade et en 1925 il est décoré de la Krzyż Komandorski Orderu Odrodzenia Polski  (Croix de Commandeur de l'Ordre de Polonia Restituta). 

En 1926 dans le cadre de la coopération Franco-Polonaise il part en France pour effectuer un stage réservé aux officiers supérieurs. 

Durant les années 1930 le désormais Général Thommée fait une carrière militaire des plus classiques, allant d'avancements en avancements et de responsabilités en responsabilités : il sera notamment nommé commandant du district de Toruń. 

En reconnaissance pour sa participation à la lutte pour le retour de la Pologne dans le concert des nations, il reçoit le 17 mars 1930 la Złoty Krzyż Zasługi (Croix d'or du mérite) et le 

16 mars 1933, il est distingué par la Medal Niepodległości (médaille de l'indépendance). 

Par la suite, il est détaché le 16 février 1938 à Łódź, où jusqu'au 1er septembre 1939, il est le commandant du district de Łódź.

Lors d'une excursion en Poméranie, alors sous domination allemande et nazie, les habitants lui adressent un accueil chaleureux. Le général jouit d'une grande popularité auprès des Poméraniens. 

Quand éclate la guerre, le 1er septembre 1939, il prend le commandement du groupe opérationnel "Piotrków", (Groupe opérationnel rebaptisé le 6 septembre : Général Thommée). Le 7 septembre, il part avec ses hommes pour défendre Varsovie. Ils se battront sans démériter notamment à Modlin près de Varsovie. Mais voilà que la fatalité vient s'abattre sur la Pologne : Varsovie tombe et commence l'annexion du pays. 

Wiktor aura tout donné, mais le 7 novembre 1939, il est arrêté par les Allemands. Les nazis le balladent comme un moins-que-rien, de camps de prisonniers de guerre en camps de prisonniers de guerre à Königstein, Hohnstein, Johannisbrunn, Murnau et à Dössel, où le 27 septembre 1944 il fut blessé à la suite du bombardement du camp. Après la libération du camp, il se rend en Grande-Bretagne où il rejoint pour les quelques mois de guerre restants l'Armée Polonaise de l'Ouest. 

Son frère Paweł, qui était major, meurt en 1940. 

En janvier 1947, il est de retour en Pologne, où il s'installe avec sa famille à Toruń, et prend sa retraite. Sans aucune prestation de retraite civile ou militaire et dans une pauvreté extrême, il déménage avec sa famille à Gdynia, il y travaillera comme gardien de maison. Ce n'est qu'après l'intercession personnelle du maréchal Konstanty Rokossowski qu'il reçoit une pension de retraite et un appartement dans le style d'avant-guerre à Varsovie.

Wiktor Thommée était Commandeur de l'Order Wojenny Virtuti Militari (Ordre de la Valeur Militaire). 

Le Général Thommée, ce grand homme courageux avec le sens du devoir et de l'honneur fermera définitivement les yeux à Varsovie le 13 novembre 1962. 

Il demeure pour toujours au Cimetière militaire de Varsovie.

Aujourd'hui, une des rues de Bydgoszcz porte le nom du général. Son nom est également donné à la rue où se trouve l'aéroport de Varsovie-Modlin, à côté de la forteresse de Modlin, dont il commandait la valeureuse défense en septembre 1939.

Peu nombreuses sont les personnes qui en France connaissent l'histoire de ce petit-fils de Français immigrés en Pologne. Je tenais à porter à votre sagacité la mémoire de ce Polonais d'origine Française qui est une fierté en Pologne et devrait l'être aussi en France. 

Le Général Wiktor Thommée, un grand homme, un combattant, un patriote comme on en fait trop peu de nos jours. 

Florian Marek.


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