QUI EST BLANC  ICI? 

Alors que Macron se prépare à reprendre son bâton de pèlerin «  pour prendre le pouls du pays », et non la saturation, début juin. Voilà l’ex-footballeur Thuram dont le fils avait craché au visage de Stefan Posh, le défenseur de l’Hoffenheim ( Décembre 2020 ), s’invite, en tant que président de la fondation Education contre le racisme, dans un lycée à Orléans-la-Source (45), dans le cadre d’un programme d’éducation aux médias Interclass’, organisé par France inter, pour parler du racisme et répondre aux questions des adolescents, selon Valeurs Actuelles[1].
 QUI EST BLANC  ICI? 

Ce sera Lilian Thuram qui ouvrira la discussion en posant une question directe, « Qui est blanc ici? ».  Pour renchérir par : « Pourquoi dis-tu que tu es blanche ? ».

Si la réponse donnée par cette lycéenne ne manque pas de saveur, ni de nous interroger. Ce qui , cependant, nous interpelle davantage —mais qui rejoint d’une certaine manière cette réponse, « Quand j’étais petite, on nous disait à l’école : « toi tu es blanc et toi tu es noir»-, où c’est un tiers, mais quel tiers(?), qui découpait le réel—, est que sous « l’ère progressiste hobbienne[2] », les questions existentielles telles que les formulera Kant, comme ultimes, semblent avoir été remplacées par des questions « racialistes » , « indigiénistes », avec ce nouveau pacte de la « diversité ». Où le « politiser »  remplacerait extemporané, le « philosopher ». Mais, comme imposé du dehors, à cette lycéenne.

 En d’autres termes, la question anthropologique, « Qu’est-ce que l’homme »-, à laquelle aboutissait les trois questions kantiennes—« Que puis-je savoir ? »,  « Que dois-je faire ? », « Que m'est-il permis d'espérer ? »-, qui s’inscrivait dans l’idée du progrès au siècle des Lumières , du progrès de l’espèce humaine dans l’histoire considérée comme un tout, se voit remplacée, dans le »progressisme » actuel, par « Qui est blanc ici? ».

Une question qui mettra l’accent, ici, sur le particulier rejetant tout universel où ce particulier prenait sens, et où la mémoire, les mémoires se substitueraient à l’histoire.

S’agirait-il d’un « évènement de notre temps », à l’instar de Kant qui fut spectateur de la Révolution française, ce qui lui valu par Marx et Heine, le surnom de « philosophe de la Révolution française »[3], qui pensait toutefois cette Révolution comme un « Coup d’état?

Mais que donnera cet évènement entre les mains d’un ex-footballeur, qui semble remplacer Harlem Désir à la tête de SOS Racisme des années 80-90, dont on sait où il finira?

A moins que la seule question a se poser, si l’on prend en compte que cet évènement en tant qu’il ouvrirait le champ des possibles tourné vers l’avenir, et dans cette volonté présidentielle de déconstruire l’histoire pour lutter contre le racisme,  est : Qui, aujourd’hui et demain, est le sujet de l’histoire dans ce progrès continuel?

Et, quel est ce tiers? Ce qui reviendra à se demander, à l’instar de Pierre Bourdieu, « Où est l’Etat? » où il s’agit de penser l’état mais sans la pensée d’état[4] .

Valérie Alonso

 

[2] De Hobbes, philosophe du XVIIème siècle.

[3] Hannah Arendt, Jugement, Sur la philosophie politique de Kant, Editions du Seuil, Paris, 1991, p74.

[4] Pierre Bourdieu, Sur l’Etat. Cours au Collège de France 1989-1992, Seuil, coll Raisons d’agir, Paris, 2012


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