Krystyna Krahelska, la sirène de l'insurrection de Varsovie

"Hej, chłopcy, bagnet na broń!" ("Hé les gars, aux baïonnettes!) c'est le chant guerrier de la nymphe, de la naïade Krystyna Krahelska, la poétesse, la sirène de l'insurrection de Varsovie. Son histoire commence ici.
 Krystyna Krahelska, la sirène de l'insurrection de Varsovie

Krystyna est née le 24 mars 1914,

au domaine familial à Mazurka sur la rivière Szczara près de Baranowicze en actuelle Biélorussie.

Elle est issue d'une famille d'intellectuels et de militants politique.

Son père Jan Krahelski est ingénieur et officier de l'armée polonaise, staroste ( chef de powiat (canton)) et voïvode ( préfet) de Polésie de 1926 à 1932 et sa mère Janina Bury est biologiste. 

Elle est la nièce de Wanda Krahelska-Filipowiczowa qui participera à l'attaque contre le gouverneur-général russe Gieorgij Skałon. Elle sera une des premières femmes élues en Pologne. Wanda et aussi l'amie personnelle d'Aleksandra Piłsudska épouse du Maréchal Piłsudski. Wanda sera reconnue Juste Parmi les Nations par l'institut Yad VaShem de Jérusalem pour être venu en aide à des Juifs pendant l'occupation. 

Dans son adolescence, elle est membre des scouts polonais, elle participera aux rencontres des scouts slaves de Prague en 1931 ou elle représentera la Pologne. 

Dès 1928, elle exprime son patriotisme au travers de poèmes et de chants guerriers et romantiques.

À partir d'octobre 1932, elle étudie la géographie et l'histoire, puis l'ethnographie à la Faculté des sciences humaines de l'Université de Varsovie, où elle est élève de Cezaria Baudouin de Courtenay Ehrenkreutz Jędrzejewiczowa célèbre ethnologue polonaise issue d'une famille de nobles Français établi en Pologne pendant la Révolution Française. 

Elle participe à plusieurs reprises a des émissions de radio où elle interprète des chansons traditionnelles.

En 1936 et en 1937, elle pose pour Ludwika Nitschowa sculptrice du monument de la sirène de Varsovie (personnage mythique lié à la fondation de la ville) . Nitschowa a décrit Krahelska comme "une fille grande, bien bâtie et forte avec une beauté slave". Krystyna, ne l'aillant pas, dit à son entourage, ils apprendront après la guerre en lisant un entretien de Ludwika Nitschowa avec la presse, que c'est Krystyna qui a servi de modèle pour la statue. 

En mai 1939, elle réussit son examen et sort diplômée de l'Université de Varsovie. 

Après l'invasion germano-soviétique de la Pologne en septembre 1939, alors que Varsovie est assiégée, elle prend part à la défense civile de la capitale. En décembre de la même année, elle rejoint l'Armia Krajowa (résistance polonaise) et prend le nom de code Danuta.

Elle devient officier de liaison et courrier pour les missions spéciales dans la région de Nowogródek.

Dès 1941 la nymphe écrit pour les soldats de la résistance. Ses poèmes et chants paraissent dans la presse clandestine dont "Kołysanka"(Berceuse)  et le triptyque "Kujawiak*", "Kujawiak konspiracyjny"(Kujawiak de la Résistance) et "Kujawiak partyzancki" (Kujawiak des Partisans).

Bravant les dangers Krystyna transporte des armes. Elle se forme au service sanitaire et en 1943, elle travaille comme infirmière à l'hôpital du district de Włodawa. En tant qu'infirmière, elle formera des filles aux services sanitaires pour la résistance. 

Ses poèmes comme "Polska" (Pologne), "Modlitwa" ( Prière) , "Wiersz o Tobruku" (Verset pour Tobrouk) connaissent une grande popularité chez les résistants. 

En 1943 le journal clandestin "Bądź gotów" (Sois prêts) publie "Hej, chłopcy, bagnet na broń!" qui deviendra l'hymne des réseaux Baszta. 

Sa première anthologie, "Pieśni Podziemne" ( Chants Clandestins) est éditée et distribuée sous le manteau en 1944. Cette même année, elle part pour Cracovie où elle réside jusqu'en juillet. De retour à Varsovie, elle rejoint le bataillon "Jeleń" sous le commandement du sous-lieutenant Karol Wróblewski.

L'insurrection se prépare et le 1er août 1944 à 17 heures, c'est "Godzina W" (l'Heure V comme Varsovie) les insurgés se lancent à l'assaut de l'occupant allemand. 

Krystyna et ses compagnons foncent sur la Maison de la Presse la rédaction et les imprimeries du journal " Nowy Kurier Warszawski" ( Nouveau Courrier de Varsovie) dans le quartier de Polna. La bataille fait rage, les combats sont âpres, les balles fusent et la mitraille ce fait entendre. Un ami tombe, il est blessé ! Krystyna cours pour le mettre à l'abri et à ce moment précis, 3 balles la touchent au thorax, elle s'effondre sur place. Elle et son ami sont transférés à l'hôpital des insurgés au 34 de la rue Polna. 

Les balles ont atteint les organes vitaux, les souffrances sont atroces et le 2 août au matin la sirène pousse son dernier chant. Krystyna rejoint les anges. Elle est enterrée dans le jardin d'une maison proche de l'hôpital.

Le 10 octobre 1944, la résistance polonaise fera éditer "Śpiewnik" ( Recueil de chants) une anthologie pour lui rendre hommage et galvaniser les Polonais. 

Après la guerre, son corps a été exhumé et transféré au cimetière de Służewo. Sur sa tombe, est gravé le premier couplet de la chanson "Hej, chłopcy, bagnet na broń!"

À titre posthume, elle est décorée de la Krzyż Walecznych ( Croix de la Valeur), de la Krzyż Armii Krajowej ( Croix de la Résistance), de la Medal Wojska ( Médaille de Guerre) et de la Złoty Krzyż Zasługi z Mieczami ( Croix d'or du Mérite avec Épée).

Deux recueils de poèmes de Krahelska sont publiés après guerre, "Smutna rzeka" (Triste rivière ) et "Wiersze" (Poèmes). 

Dans toute la Pologne, de nombreux hommages lui ont été rendus.

Une école et un rond-point portent son nom à Varsovie.

Son nom est donné à une distinction honorifique : Odznaka Honorowa im. Krystyny Krahelskiej - Pamięci Powstania Warszawskiego ( Insigne honorifique de Krystyna Krahelska - En mémoire de l'insurrection de Varsovie)

Krystyna Krahelska inspirera de nombreux artistes polonais tel que Aga Zaryan ou Halina Mlynkova.

C'était l'histoire de Krystyna Krahelska, un modèle de courage. 

L'histoire d'une femme d'honneur, 

La vie d'une naïade slave, d'une nymphe patriote.

L'histoire d'une valeureuse guerrière. 

C'était l'histoire de Krystyna Krahelska la sirène de l'insurrection de Varsovie. 

Florian Marek

* Kujawiak dance traditionnelle polonaise

 

 

 

 

 

 

 


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