Délitement de LR : mauvaise passe ou effondrement ?

Philippe OLIVIER, conseiller de Marine Le Pen et député européen analyse, sans concession, la situation et l’avenir de son adversaire politique : Les Républicains (LR).
 Délitement de LR : mauvaise passe ou effondrement ?

Les élections constituent souvent un révélateur et un accélérateur des crises.

Le mouvement « Les Républicains » mesure la cruauté de cette vérité politique.

En pleine période électorale, le mouvement LR se voit secoué par des convulsions régionales que ses dirigeants nationaux ne parviennent plus aujourd’hui ni à camoufler ni à maîtriser. En Provence Alpes-Côte d’Azur, Eric Ciotti tire le tapis sous les pieds de Renaud Muselier, devenu officiellement mais dans une totale confusion, le candidat LR- EM, « Les Républicains- En Marche ». Dans le Grand Est, c’est Nadine Morano qui est entrée en dissidence et, par une campagne de destruction massive, s’ingénie à torpiller le candidat de son parti. D’autres régions ou cantons ne sont pas épargnées par ces tensions internes devenues très externes.

Malgré ces signes d’une mort annoncée, un certain nombre de militants et cadres « Les Républicains », comme des enfants qui ne voudraient pas croire au divorce de leur parents, ont du mal à faire le deuil d’une formation dont tout montre pourtant qu’elle est devenue un astre mort.

Un parti politique est mortel

Est-il besoin d’oublier que l’histoire politique est un cimetière de « grands partis », en leur temps hégémoniques mais dont il ne reste aujourd’hui qu’un fumeux souvenir : le Parti Radical qui domina la III ème ou le CNI qui vécut de beaux jours sous la Vème témoignent de cet évanouissement politique.

Parce que la crise que connaît LR n’est pas conjoncturelle mais structurelle, pas factuelle mais fondamentale, tout porte à croire que le sort en est également jeté pour le flamboyant parti de Nicolas Sarkozy, cette force qui domina la politique durant quarante ans et que certains croyaient à tort immortelle.

Trois éléments accréditent cette implacable perspective :

  1. Le piège de la logique de rente

 LR qui a cru que le balancier de l’alternance gauche/droite lui donnait un droit quasi divin au pouvoir a oublié de travailler. Du fait de l’inconsistance de son offre politique et du suivisme de ses propositions, il s’est soustrait du jeu politique. Les logiques de rente sont toujours incompatibles avec les objectifs de conquêtes.

  1. L’étau des institutions

Sous la V ème République, toute l’activité politique s’organise autour de la présidentielle. Un parti qui ne dispose pas de présidentiable d’envergure est condamné à devenir un parti supplétif, à se soumettre pour le second puis le troisième tour (les législatives) à l’un ou l’autre des deux qualifiés.

  1. La nouvelle donne idéologique

Mais surtout, LR a ignoré que la situation politique a congédié l’ancien clivage droite/gauche pour le déplacer - mondialisation oblige-  vers un autre débat entre nationaux et mondialistes, entre « ceux qui sont de quelque part » et « ceux qui sont de nulle part ». Cette redéfinition des termes politiques n’est pas propre à la France. Cette tendance lourde est mondiale et touche, toutes les démocraties : en Italie, par exemple, le bloc souverainiste la « Ligue » (Léga) et « Frères d’Italie »(Fratelli d’Italia) représentent en cumulé plus de 40 % des voix quand « Forza Italia », c’est à dire le LR Italien ne culmine plus qu’à 7%.

Aux Etats-Unis et en Grande Bretagne, les partis institutionnels - Parti Républicain ou Parti conservateur-, n’ont dû leur maintien politique qu’au prix d’une mutation en partis populistes.

On le voit, la question n’est pas de savoir si LR va disparaître mais quand. Le RN attendait le naufrage entre les deux tours des élections régionales et départementales. Le bateau s’est brisé sur le mur des réalités politiques avant même d’atteindre le rivage.   

Philippe OLIVIER, député européen & conseiller de Marine Le Pen


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