Pourquoi URSS & Yougoslavie ne pourraient s'effondrer en 2021?

Pour de nombreux citoyens d'Etats multinationaux telles que l'Union soviétique et la Yougoslavie, 1991 a été une période de grandes attentes. En Slovénie et en Croatie, ainsi qu'en Bosnie-Herzégovine, les gens ont de même associé l'optimisme au processus d'adhésion aux organisations euro-atlantiques. C'était également le cas des républiques occidentales de l'Union soviétique, notamment en Ukraine.
 Pourquoi URSS & Yougoslavie ne pourraient s'effondrer en 2021?

Les gens voulaient devenir de vrais Européens. Dans cet écrit, nous assimilons la notion d'Europe et d'Occident : du point de vue des habitants des Etats multinationaux en 1991, cela se justifie sans peine. L'appartenance à l'Occident présupposait un mode de vie semblable à celui de leurs voisins à l’ouest. Les gens voulaient rattraper ce qu’ils ne pouvaient pas réaliser dans une époque plombée par le silence et la castration mentale. Ils voulaient la démocratie, comme il est d'usage en Occident, et les médias, qui en sont son plus solide rempart. Étant moi-même citoyen de l'ancienne République socialiste fédérative de Yougoslavie, je partageais le même optimisme.

En repensant à cette époque, avec le recul de trente ans, je me rends compte à quel point mon évaluation de la situation future était erronée. Car j'avais sous-estimé le fait crucial, à savoir que je me trouvais à mon insu au zénith de ce que je croyais être la démocratie : ce zénith allait briller encore plus fort dans le court laps de temps qui allait suivre, puis commencer lentement à s'estomper, à se replier sur lui-même. Dans trente ans il allait s’évaporer ne laissant derrière lui qu’un beau souvenir lié à une profonde nostalgie.

Ni les républiques de l'ancienne RSFY ni celles de l'Union soviétique ne seraient en mesure de devenir indépendantes aujourd'hui. Il y a un certain nombre de raisons fondamentales pour cela. Si les événements de 1991 se produisaient aujourd'hui, le principal problème pour les activistes de l'autre côté du rideau de fer ne serait pas l'armée fédérale et les agents des services secrets qui y sont attachés, mais Bruxelles et l'administration américaine (Joe Biden). Et les médias qui se tiennent aujourd’hui uniformément à une seule vérité, comme la Pravda soviétique, dans les moments les plus sinistre de l’âge de plomb. Car l'Occident a perdu une grande partie de sa souveraineté : ses médias sont passés outre. Les sources d’informations sont dominées par des acteurs mondiaux qui rendent le vieux continent de plus en plus soumis. Bruxelles a un agenda mondial, et il est façonné par des personnes dont nous ne connaissons même pas l'existence. Elles assument des rôles qui ont un impact profond sur les existences des citoyens. On les découvre par hasard lorsque par exemple, un journaliste du Daily Mail, révèle l'existence d'un nouveau passager dans cet avion qui s’appelle le Lolita express. Son propriétaire, Jeffrey Epstein, est peut-être décédé - on dit qu'il s'est suicidé d'une manière plutôt inhabituelle : on aurait deviné son désir de s'autodétruire et on l'a aidé à "franchir le seuil" - mais les passagers sont toujours en bonne santé. Bill Clinton, le prince Andrew d'Angleterre, Kevin Spacey, Chris Tucker, des milliardaires américains et européens et, le mois dernier, Bill Gates. L'avion légendaire (et tout ce qui s'y est passé) aurait été la raison pour laquelle sa femme Melinda a voulu divorcer. Ce qui a été fait là-bas - et sur son île privée - est allé dans la tombe avec Epstein.

Mais ce qui reste est un diktat public, imposé par les médias et de plus en plus réglé par la législation : c’est elle qui impose la censure. Cela rend impossible la promotion des valeurs auxquelles aspiraient ceux qui était derrière le rideau de fer. Car si on veut contribuer à la normalité sociale, on doit résister à l'anormalité, sinon c'est impossible. Mais l'anormalité devient l'atmosphère dominante de la modernité.

Revenons au paragraphe précédent avec cet éclairage : le Lolita express, pour utiliser l'avion comme une métaphore parlante, est le nom choisi par le personnel de l'aéroport après qu'il a commencé à remarquer comment, presque sans exception, des mineures qui étaient elles-mêmes des enfants en sortaient. La première chose à laquelle le monde est confronté aujourd'hui est l'attentat à la morale élémentaire (l’intégrité de la sexualité), qui va de pair avec le démantèlement de l'identité sexuelle de l'individu et la liquidation des critères nécessaires qui rendent la société en tant que telle possible, comme lieu de coexistence. De là les paradigmes LGTB …

Le philosophe français Roland Barthes, dans son célèbre ouvrage Sur Racine met en relief le fait que la communauté humaine s’organise à partir de l'interdiction de l'inceste. La civilisation a pu se former lorsque l'inceste a été éliminé. Tout repose sur le bannissement primordial. Mais le New York Post, l'un des "médias progressistes" qui s’entendent avec les milliardaires américains, vient de préconiser l'introduction de l'inceste consensuel. L'inceste serait autorisé s'il est consensuel. C'est oublier que l'inceste n'est "consensuel" que si la victime a été profondément blessée, abusée, violée et a commencé à souffrir du syndrome de Stockholm : aimer son agresseur.

Le président français Emmanuel Macron, qui est un représentant continental de la famille Rothschild - il a fait fortune dans leurs banques - veut moderniser l'Europe pour rendre service aux milliardaires et autres spéculateurs financiers qui pullulent aux États-Unis. Que George Soros soit l'un d'entre eux est, pour ainsi dire, une note de bas de page. À cette fin, il travaille avec la Commission européenne sur une réforme dont il ne veut pas trop parler. Patrick Edery a, lors d’une interview pour TV Libertés, décrit la réforme de Macron ainsi

 

» Emanuel Macron parle de la refondation de l'Union européenne et
personne ne sait ce que va être cette refondation. Je trouve
emblématique que la personne qui recadre cette refondation c'est Daniel
Cohn-Bendit, le leader de Mai 68 qui voulait aussi refonder la
société. Il a détruit nos liens à la tradition et il n'a rien

reconstruit. J'ai l'impression que la technocratie qui est en train de
remplacer la fondation, les murs et le toit par une chape de plomb sous
laquelle on aurait une sorte de nouvel Européen hors sol, sans attaches
et à l'intérieur d'un état qu'on malmène et puis une société sans
foi ni loi, une société dans laquelle c'est la loi du plus fort qui
règne
«

Et qui est Daniel Cohn-Bendit, que le rédacteur de Solidarité place au cœur du problème ? Il est la figure la plus importante de la "révolution de 68". La biographie officielle fait savoir : « Pendant la révolution de 68, il était surnommé "Dany le Rouge". Plus tard, Daniel Cohn-Bendit a opéré un virage idéologique, s'orientant progressivement vers une écologie intégrée à l'économie de marché. En même temps, il s'est toujours déclaré libéral libertaire ». Malgré ses métamorphoses politiques complexes et le statut d'homme d'importance qu'il a acquis d'une manière ou d'une autre, on peut reconnaître en lui une icône de la modernité, dans ce qu'elle a de négatif et, plus encore, dans ce qui la définit comme une époque qui reste sans avenir.

Le sujet n’est pas encore épuisé : le tabou de l'inceste se confond avec un autre tabou, celui de la pédophilie. Les médias en parlent comme suit : « Daniel Cohn-Bendit, homme politique du Parti vert, a été accusé de pédophilie. Dans les premières années du "sexe libre", les enfants faisaient apparemment aussi partie du jeu. Aujourd'hui, les mœurs relâchées des années de la révolution sexuelle reviennent comme un boomerang fantomatique ». Il y a au moins deux témoignages de Cohn-Bendit qui ont franchi la ligne de l'inacceptable. Ils sont d'autant plus crédibles qu'ils sont de Daniel Cohn-Bendit lui-même. Ainsi : « Il m'est arrivé plusieurs fois que des enfants ouvrent la fermeture éclair de mon pantalon et commencent à me chatouiller. Je réagissais différemment, selon les circonstances, mais leur désir restait un problème pour moi. Mais s'ils étaient persistants, je leur rendais leur tendresse ». Il est encore plus concret dans le programme "Adresses" de la chaîne de télévision Antenne 2 (1982). Il a assuré aux téléspectateurs ébahis : « Quand une fille de cinq ans et demi commence à vous déshabiller, c'est fantastique ». Au fil du temps, la pédophilie et Cohn-Bendit sont devenus des sortes de jumeaux siamois, et il est difficile de parler de l'un sans aborder l'autre.

Une question logique se pose : pourquoi le cerveau de la révolution 68 a-t-il parlé lui-même de ses propres "exploits", d’ailleurs inadmissibles. Il n'y a qu'une réponse. C'est parce que Cohn-Bendit, qui qu'il soit, n'a jamais rien fait sans but, ou plus précisément, sans lien avec ce qu'il percevait comme sa mission. Il s'agissait de briser les frontières de l'ancienne société, ses tabous et ses lois. Et quel meilleur moyen de le faire que la pédophilie. Car ce n'est pas seulement contre la loi, c'est contre la morale élémentaire qui régit la société.

Un homme qui est passé à la télévision pour confesser ses propres expériences de pédophilie va devenir la pierre angulaire de l'UE nouvellement réformée ? L'homme qui a détruit la civilisation va maintenant en construire une nouvelle ? Une sorte de père spirituel de la réforme naissante ? Les pays de l'ancien bloc soviétique sont rentrés dans l'histoire et la civilisation en quittant le système politique du totalitarisme. L’objectif était de rejoindre la civilisation occidentale, sa culture, sa liberté et sa religion. C’était en 1991. En 2021 ces pourvoyeurs de sens paraissent effondrés.  Ce qui pire est : l'organisation institutionnelle du vieux continent, l'Union européenne, s'est transformée en organisme qui lui-même supprime les murs porteurs de la civilisation.  C'est la pire maladie auto-immune dans l'histoire politique moderne. Bruxelles est devenu un puissant acteur mondial dans la promotion de nouvelles anormalités : théories du genre, LGTB, migration de masse entraînant le chaos et la criminalité en Europe de l’ouest, écriture inclusive pour "abolir" les langues nationales (et leurs littératures), et ainsi de suite. La destruction de l'histoire, notamment celle qui est liée à l'identité des nations, est au premier plan. Ainsi, vous n'entendrez pas Macron prononcer le mot France (et encore moins parler de son histoire) ; à sa place, il y a le bouche-trou, le mot "république". On peut utiliser ce vocable comme une mousse de sucre pour couvrir tous les problèmes.

Mais il y a aussi des jouets d’enfants. Lego est l'un des plus grands géants industriels fabriquant les briques emboîtables. De nouvelles séries vont se se débarrasser du genre. Les figurines ne seront plus marquées par le genre, c'est-à-dire qu'elles seront "inclusives". On comprend que personne n'ait rien demandé aux enfants : S’ils veulent se soumettre à une épreuve qui pourrait endommager leur perception de la normalité ou non ? Ni ceux qui voyageaient en Lolita express ni Cohn-Bendit, n’ont rien demandé aux victimes de leurs aberrations.

Si on jette un coup d’œil à Freud, auquel les nouveaux maîtres du monde aiment se référer tant, on peut constater que l'enfant perçoit d'abord le fait qu'il est un garçon ou une fille, et que cela le définit en conséquence. D'où le complexe d'Œdipe, celui d'Electre et le reste. Les ingénieurs de Lego ne lisent probablement pas Freud.  Pourtant, on est ici en face de tout ce qui constitue la structure de la nouvelle anormalité. Il y a le géant industriel qui s’appuie sur l'idéologie du moment afin d'intervenir dans l'identité sexuelle des êtres qui sont inconscients du mal qu’ils subissent. Les GAFAM font la même chose. Amazon n’accepte plus la diffusion des livres qui s’opposent à la théorie LGBT. C’est la "nouvelle normalité", un « état d’âme » qui était impensable, il y a trente ans

Mais il y a des raisons encore plus pertinentes pour lesquelles les pays de la RSFY et de l’URSS ne pourraient pas devenir indépendants en 2021. Ce ne sont pas les tendances médiatiques et les paramètres moraux   qui ont pris une tournure anormale. La mondialisation exige que les États soient démantelés. Cela doit être fait de manière systématique et cohérente : néanmoins, les entités nationales démantelées ne doivent pas s'organiser à nouveau, au contraire. Ils doivent se fondre dans des organismes mondiaux dirigés par des structures dans leur  grande majorité, inconnues. En 2021, ni la Yougoslavie ni l'Union soviétique ne se seraient effondrées : Bruxelles, en coopération avec l'administration Biden, exigerait que les peuples du Nord-Ouest de l’URSS et de la RSFY se fondent le plus rapidement possible en un seul amalgame. Celui-ci serait ensuite assimilé dans des entités plus vastes, très probablement en se mélangeant aux immigrations massives provenant de l’Afrique et du Moyen-Orient. Dans le même temps, l'introduction de l'idéologie LGBT "adoucirait" les frontières entre les sexes, qui, avec la famille, la nation, l'État et la religion, constituent le plus solide refuge de l'homme.

S'attendre à ce que les sujet politiques des anciens Etats multinationaux trouvent dans l’Occident de 2021 ce qu’ils n’ont pas eu dans l’URSS et dans la RSFY, c'est-à-dire un abri identitaire dans lequel ils pourraient se réaliser pleinement, serait faire preuve de fantaisie. Les tendances en Europe vont dans la direction opposée, et c'est pourquoi l'Europe est en train de s'effondrer : de manière plus évidente sur l'axe Est-Ouest, et de manière plus fatale, mais moins évidente, sur l'axe Nord-Sud. Les perspectives de survie de la Communauté européenne en 2021 représentent le plus grand paradoxe des républiques indépendantes des pays évoqués puisqu’elles sont identiques à celles de l’URSS et de la RSFY en 1991.

C’est un phénomène qui aurait été impensable à l’aube de la démocratisation de l’est européen, en 1991.

Boštjan Marko Turk, professeur à l’Université de Ljubljana, membre de l’Académie européenne des sciences et des arts.

A la séance du Sénat de l'Académie européenne des arts et des sciences, le 21 mai 2021, Boštjan Marko Turk a été élu vice-doyen de la Classe No 1 de l'Académie, id est des Humanités. Il s'agit surtout de la récompense de l'Université dont il est issu et du pays qu'il représente : la République de Slovénie, à l'occasion de son trentième anniversaire.

 

 

 


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