Zemmour, président?

Si l’on écoute les médias, il semble de plus en plus probable qu’Éric Zemmour se présente à la candidature suprême en 2022. Quelles sont ses chances?
 Zemmour, président?

Pour certains, sans équipe et sans parti il n’a aucune chance. Si c’était vrai avant la révolution numérique, aujourd’hui ce n’est plus le cas. Trump, élu contre son parti et Macron sans parti, en sont les meilleures illustrations. D’ailleurs aujourd’hui tous les partis connaissent une crise existentielle, notamment du fait qu’ils ne sont pas encore passés à l’ère numérique et qu’ils sont un peu à l’image de la profession de maréchal ferrant en plein développement de l’automobile. Pour ce qui est de l’équipe, en tant que journaliste politique et influenceur de haut niveau, Éric Zemmour côtoie le cœur du pouvoir depuis des dizaines d’années et a bâti un solide réseau qui va lui permettre de s’entourer de gens compétents, même s’il lui manquera, comme à tous les autres candidats, d’une vision « terrain au ras du sol » de l’économie réelle.

Le vrai problème ne sera ni l’équipe, ni le manque de parti, mais le programme. Proposer d’arrêter l’immigration ne suffira pas. D’abord parce que, si même 70% des Français sont pour, très peu en font une mesure primordiale pour eux. Nous le voyons bien à chaque élection. A notre époque ce qui prime avant tout, c’est l’intérêt individuel. Si tant d’élus sans conviction sont au pouvoir, c’est parce qu’ils ont pratiqué un clientélisme forcené et que nous les avons élu pour cela. Ensuite, sur l’arrêt de l’immigration, Zemmour a un grand concurrent avec qui il devra partager les voix : le RN. Pour être élu, il est évident qu’il ne peut avoir programme « monothématique ». Si le but de Zemmour est de gagner et non juste d’avoir une candidature de témoignage, il n’aura pas le choix que de s’atteler à promouvoir un vrai programme sur tous les sujets et surtout clientéliste.

Et c’est là que commence les problèmes. Comme le soulignent nombre de commentateurs, il faut réunir plus de 15 millions d’euros pour gagner une campagne. Quel financement va choisir Zemmour ? Un prêt ? il est peu probable qu’une banque prenne ce risque financier et politique. Et si elle le faisait, il faudra s’inquiéter. Il pourrait faire appel à de riches donateurs comme l’a fait Macron, mais dans ce cas il devra faire un programme en conséquence : qui plaise à la « cible client » de Macron. Ce serait se mettre à la botte de la nomenklatura progressiste qu’il dénonce inlassablement depuis toujours. Si cela arrive nous pourrons alors légitiment penser que sa candidature est juste une manipulation de plus pour empêcher le RN d’arriver au pouvoir. Et dans ce cas-là Zemmour n’a aucune chance d’être président de la République.

L’on peut aussi imaginer qu’il trouve des financements auprès de l’élite patriote, mais elle est assez exigüe pour arriver à plus de 15 millions d’euros avec le plafonnement des dons par personne. Et s’il y arrivait, ce ne serait pas forcément une bonne nouvelle pour la France tant une grande partie de cette élite a un mépris irrépressible pour le peuple. Nous avons pu le constater lors de la séquence des Gilets Jaunes « historiques ». Cette élite patriote les a complétement abandonnée, non par opposition, car ils avaient les mêmes idées, mais parce qu’ils ne venaient pas de leur milieux et n’avaient pas leurs codes. Avec ces gens-là, Zemmour n’arrivera jamais au second tour, comme Fillon, car la nomenklatura progressiste utilisera tous les moyens à sa disposition (justice, médias, partis, syndicats, institutions etc..) pour l’en empêcher et qu’il lui manquera alors une grande assise populaire pour passer outre.

La seule façon pour Zemmour de gagner serait qu’il lance, en plus des dons de l’élite patriote (env. 5 millions d’euros), une collecte de fonds auprès de la « France périphérique ». Avec une moyenne de 10 € de don par personne, il lui suffira qu’un peu plus d’un million de Français y participent. Ce qui vu sa notoriété au niveau national est tout à fait réalisable. Mais pour cela il devra avoir un programme « clientéliste » touchant les salariés, les chefs d’entreprises, les auto-entrepreneurs et les familles qui sont indifféremment de droite ou de gauche. C’est-à-dire des mesures qui apporteront des solutions concrètes aux Français périphériques, comme l’augmentation du pouvoir d’achat ou la désoviétisation de l’administration et de l’économie. Un programme pour le peuple, via un financement par le peuple, est la seule façon de gagner pour Éric Zemmour et pour nous l’assurance de ne pas être encore manipulé.


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