Face à l'hiver démographique

Dans une note, le Haut-Commissaire au plan, François Bayrou, a rappelé la gravité de la situation démographique de la France.
 Face à l'hiver démographique

À terme, il deviendra impossible de financer la protection sociale, puisque celle-ci suppose que le nombre d’actifs soit suffisamment important par rapport au nombre de retraités. « La France a sans doute plus besoin encore que ses voisins d’une démographie dynamique car son modèle social repose, pour beaucoup, sur la solidarité entre les générations ». Il déclare : « Pour assurer notre avenir il n’existe que deux voies ; avoir plus d’enfants ou accueillir des personnes d’autres pays. » Mais s’il n’écarte totalement cette seconde piste, il souligne qu’une immigration massive pourrait « remettre en cause l’équilibre social et culturel » de la France – c'est le moins qu'on puisse dire ! D’où l’urgence non seulement d’une véritable politique familiale (particulièrement maltraitée sous la présidence Hollande : baisse du plafond du quotient familial et mise des allocations familiales sous condition de ressources) mais encore d’une politique nataliste « forte », « claire » et « lisible » – bref, d'un « pacte national pour la démographie ».

En six ans, la natalité a chuté de 10 %. L’indicateur conjoncturel de fécondité est passé de 2,09 enfants par femme en 2010 à 1,84 en 2020 – or il devrait être de 2,1 pour que le renouvellement des générations soit assuré, ce qui représente 40 000 à 50 000 naissances supplémentaires. En dix ans, l’âge moyen de la première maternité est passé de 29,9 ans à 30,8 ans. L’hiver démographique n’est pas une réalité nouvelle : il a été constaté et dénoncé depuis cinquante ans par des démographes tels qu’Alfred Sauvy ou Gérard-François Dumont. Pourtant, les politiques publiques, dictées par des considérations électorales – donc à court terme – n’ont cessé d’aggraver le déclin : politique familiale de plus en confondue avec une politique sociale de redistribution et affaiblissement de la politique du logement. D’autres causes plus profondes renforcent le refus de l’enfant : généralisation du travail féminin hors du domicile avec la difficile conciliation de la vie familiale avec la vie professionnelle, contraception et avortement libres et gratuits, peur du chômage, etc. Le pape François a déclaré le 14 mai lors des États généraux de la natalité organisés par des associations italiennes : « Nous avons besoin d’une politique, d’une économie, d’une information et d’une culture qui encouragent courageusement la naissance. D’abord et avant tout, il faut des politiques familiales de grande envergure et clairvoyantes : non fondées sur la recherche d’un consensus immédiat, mais sur la croissance du bien commun à long terme. »

Denis Sureau, essayiste et éditeur français.


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