De l’urgence d’éduquer à l’engagement citoyen

Lors des dernières élections régionales françaises 65,7% des Français ne sont pas allés voter. C’est un triste record !
 De l’urgence d’éduquer à l’engagement citoyen

Élection après élection les commentateurs ne cessent de s’inquiéter que ce taux d’abstention. Certains vont jusqu’à dire que le faible nombre de votants effectifs devraient conduire à invalider une élection. Ce qui est certain c’est que ce chiffre fragilise considérablement la légitimité des élus. J’ai souvent écouté les débats des soirées électorales et entendu des hommes politiques de tous bords constater le désintérêt du peuple français pour la politique. « Les gens ne se passionnent plus pour la politique à cause des affaires », « les gens n’y croient plus », « les gens ont l’impression que les hommes politiques sont élus pour un programme et qu’ils en développent un autre quand ils sont au pouvoir. » Chacun peut gloser durant des heures sur les plateaux de télévisions pour trouver des causes partisanes de cette perte du sens du Bien commun et de l’engagement citoyen, mais jusqu’à aujourd’hui je n’ai presque jamais entendu d’analyse sur les causes profondes de ce désastre. 

La vérité

Rares sont les engagements politiques de ces dernières décennies qui ont été tenus. Trop souvent les pressions des minorités ou les intérêts électoralistes ont conduit les élus nationaux ou territoriaux à tomber dans l’opportunisme. « Quand tout le monde ment en permanence [...], le résultat n’est pas que vous allez croire ces mensonges, mais que plus personne ne croira plus rien. Un peuple qui ne peut plus rien croire est privé non seulement de sa capacité d’agir mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et d’un tel peuple vous ferez ce que vous voudrez. » Cette réflexion d’Hannah Arendt est terrifiante d’actualité. Le mensonge politique a des effets désastreux sur la conscience politique du peuple. Le pire des mensonges étant probablement celui qui consiste à voiler la réalité du diagnostic. Qu’il s’agisse de l’échec scolaire, de la gravité du déficit public, du nombre d’immigrés entrés sur le sol français en une année ou encore de l’idéologie libertaire de la magistrature (la liste est loin d’être exhaustive), nos hommes politiques et la très grande majorité des médias n’abordent pas les vrais sujets et ne recherchent pas les causes endémiques qui fragilisent le socle de notre démocratie. S’il n’y a ni vérité dans l’analyse, ni vérité dans la pratique politique, alors pourquoi s’étonner de la désaffection des Français pour le Bien du pays. Le mensonge, en acte, en parole ou en omission, conduit le peuple à un désengagement de la pratique et de la pensée politique. C’est comme si peu à peu le peuple était tombé dans l’aquoibonisme politique. Et cet abandon de l’intelligence et du jugement conduit à supporter sans broncher les effets technocratiques de l’État profond et des orientations des lobbyistes des minorités agissantes. La journaliste Eugénie Bastié, à la suite de Jérôme Fourquet, décrit parfaitement dans « La Guerre des idées » cet « l’affrontement des tribus » à laquelle on assiste. Une guerre sans débat d’idées !

La Tolérance

L’abandon du jugement vient de l’idée qu’aucun changement structurel n’est possible et le « vivre ensemble » devient la seule finalité de l’intérêt général. Un « vivre ensemble » devenu le palliatif en absence de Bien commun. Quand on ne construit plus un socle commun de civilisation et que les ruptures du droit avec l’ordre naturel représentent le nouveau paradigme du législateur, alors le vivre ensemble ne peut se construire qu’à partir du principe de tolérance. Les gens doivent apprendre à se tolérer les uns les autres, à défaut de s’aimer, le peuple se doit d’apprendre à tout « supporter », c’est le sens originel du mot tolérance, du latin tolerare. Supporter le désordre dans les comportements civiques quotidiens, supporter le désordre moral, supporter l’absence de transmission, supporter la négation des racines historiques et anthropologiques, supporter la déconstruction de la famille et du couple parental, supporter l’afflux de migrants avec leur culture non miscibles à la nôtre. Et pour installer cette culture idéologique de la tolérance, il faut que les idées relativistes se répandent dans l’université et les milieux scolaires, dans le monde médiatique, dans la vie sociale et la vie culturelle. Cette tolérance est comme la suspension de tous jugements universels, elle interdit toute référence à un ordre naturel ou à des convictions universelles qui remettraient en cause le principe absolu du relativisme des opinions. « La tolérance atteindra un tel niveau que les personnes intelligentes seront interdites de toute réflexion afin de ne pas offenser les imbéciles. » Il semble que l’analyse de Dostoïevski se vérifie si on en juge par l’omniprésence de la bien-pensance et la quasi-impossibilité de faire entendre certaines idées. Et quand une exception émerge et qu’un journaliste ou un universitaire développe une réflexion ou une analyse en rupture avec le dogme de la tolérance radicale alors « l’étrange animal » est immédiatement ostracisé ou réduit au silence.

Éduquer à l’engagement

Dans un tel contexte il semble urgent de s’engager dans le temps long de l’éducation pour former des esprits libres et conscients des enjeux du Bien commun et des esprits prêts à s’engager pour reconstruire les fondements de notre société. Former la conscience politique de la jeunesse nécessite de leur transmettre les fondamentaux de la culture historique, géographique et littéraire. Il faudrait former des intelligences capables de juger et discerner, des intelligences éclairées par une culture large et profonde, c’est-à-dire possédant une profonde vision de la « vie bonne », de ce qui est fait une vie réussie et qu’ils aient dans le cœur et dans l’intelligence le désir de quitter le monde meilleur qu’ils ne l’ont trouvé.

François-Joseph Boffard


Actualités