La stature du commandeur ?

Le Président français, Emmanuel Macron, doit prendre la parole ce lundi 12 juillet à vingt heures. Une intervention officielle, en amont de la traditionnelle entrevue du 14 juillet. Vingt heures c’est l’heure sacrée dans notre pays, celle du journal, celle des interventions graves ou importantes.
 La stature du commandeur ?

Le Président de la République a donc décidé de parler, surement longuement à son habitude, mais sans question, sans remarque, sans relance…sans journaliste. Emmanuel Macron précède la Fête Nationale pour ne pas se prêter au jeu du questions/réponses, préférant diffuser son message, rien que son message, première pression à froid, pur.

Cette pratique en dit long sur la capacité du Président Macron à accepter la contradiction ou tout simplement à confronter son discours à la réalité.

Les sujets sur lesquels le locataire de l’Elysée aurait pu s’exprimer sont nombreux : élections régionales et départementales, le niveau jamais vu de l’abstention, faiblesse d’implantation du parti présidentielle (LREM), affaire(s) Dupond-Moretti, absence de réelles réformes… la liste est longue. Pourtant nous n’aurons rien de ça, à la limite l’annonce d’un remaniement ministériel.

Non, le Président de la République veut, dit-on, intervenir sur la quatrième vague annoncée de la Covid-19 et sur la réforme des retraites et vraisemblablement sur le désengagement de la France au Mali. Une sorte d’opération de déminage en direct doublée d’une leçon de morale sur la vaccination.

Opération de déminage car à neuf mois de l’élection présidentielle française, il est difficile d’être comptable unique de la crise sanitaire et de son corollaire, le confinement. Il est donc nécessaire pour le Président-candidat de tracer une perspective et de donner un aspect concret à des propositions dont certaines sont irréalistes quand elles ne sont pas seulement irréalisables. Emmanuel Macron doit faire de la politique, endosser les habits de père de la Nation, tracer une perspective au risque, s’il ne le fait pas, de se préparer à une difficile campagne présidentielle. Nous aurons donc un florilège de « je », « j’ai décidé », « en responsabilité », « qui sont les nôtres » sans oublier le très inclusif « celles et ceux » mais nous aurons aussi une esquisse de ce que seront les prochaines semaines et la rentrée de septembre en termes d’action gouvernementale et de thématiques. Reste à savoir si le président réformateur qu’il semblait vouloir incarner au début de son mandat ne va pas laisser la place à celui, plus mystique, du « Président thaumaturge ». (1)

Une leçon de morale sur la vaccination car c’est le moyen de dégager sa responsabilité dans la crise sanitaire. Il pourra argumenter en disant : nous avons mis à disposition suffisamment de vaccins et des procédures simplifiées mais les français, gaulois réfractaires, mettent à mal nos objectifs et sont les seuls responsables d’une future quatrième vague et de ses conséquences sur notre économie et nos libertés. Une intervention en forme de confession négative afin de changer le paradigme et renvoyer la seule responsabilité sur le peuple.

Mais surtout ce qu’il faut retenir du choix de cette intervention à vingt heures, c’est qu’elle donne au Président un avantage concurrentiel : il est le seul à pouvoir influer sur la lutte contre le virus et à pouvoir moduler la réponse sur nos libertés. Les oppositions peuvent critiquer à la marge mais pas remettre en cause l’essentiel. Un avantage à ne pas négliger quand on sait la mobilisation d’un électorat âgés, sensible à cette thématique.

Emmanuel Macron est condamné ce lundi soir à ouvrir une nouvelle séquence purement politique avec les habits du chef de guerre. Fera-t-il l’erreur de ne pas le faire ?

Arnaud Stéphan, éditorialiste Tysol, chroniqueur LCI, spin doctor


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