La réalité de la manif contre le pass sanitaire & les manipulations des médias

Interview de Marc Eynaud qui a suivi la manifestation du 17 juillet, à Paris, contre le pass sanitaire en tant que journaliste de Boulevard Voltaire.
 La réalité de la manif contre le pass sanitaire & les manipulations des médias

Pourriez-vous tout d’abord nous faire part de votre ressenti ?

Le ressenti était contrasté. La France est entrée dans la crise du Covid avec un premier confinement mais avec surtout une impréparation peu croyable pour une nation prétendant faire partie du top 10 des puissances mondiales. En manque de tout et prévoyant sur rien, le gouvernement français a failli en volant de contradictions en mensonges. Les masques étaient un jour inutiles, un autre indispensables, un jour le couple présidentiel se rendait au théâtre en incitant les gens à continuer à vivre puis confinait le pays quelques jours plus tard. On annonçait une saturation des hôpitaux et en même temps, des lits continuaient d’être fermés à l’hôpital. En plus d’être une crise sanitaire, l’épidémie de Covid a été le cimetière de la parole politique. Démonétisée, dévalorisée, reniée, elle n’a plus aucun pouvoir de conviction. On en vient à ce débat sur le passe sanitaire et le chantage à la vaccination : c’est le VRP davantage que le produit qui souffre d’un manque de crédibilité. A l’image de ses voisins européens, la France n’échappe donc pas aux vagues de contestations sociales face à ce recul violent et incompréhensible des libertés individuelles. Un recul d’autant plus incompréhensible que la plupart des pays ayant mis en place ces mesures ont été contraints de faire demi-tour devant la pression populaire et que les pays ayant réussi à vacciner une immense majorité de la population parlent déjà de reconfinement.

Quel(s) étai(en)t le(s) profils des participant(s) et leurs motivations ?

Les profils étaient incroyablement diversifiés. Du cadre supérieur à l’ouvrier, des blancs, des noirs, des arabes, des mères de famille catholiques, des femmes voilées, des chômeurs, des marginaux, des intégrés… La France dans toute sa diversité et ses contradictions manifestait ensemble. L’emblème le plus présent était le drapeau français. Tous avaient un point commun : une peur sincère devant le tournant extrêmement inquiétant que prend ce gouvernement. A vrai dire, si certains étaient opposés à ce vaccin avec des arguments médicaux plus ou moins solides, la plupart étaient surtout là par rejet du passe sanitaire qui va automatiquement créer deux catégories de citoyens. Au fond, c’est cela leur point commun : le refus de ce qu’on pourrait appeler une guillotine sociale.

Estimez-vous que les médias mainstream ont bien rendu compte du profil et motivations des manifestants ?

Indubitablement non. Et c’est le sens de mon « coup de gueule » sur Twitter dimanche dernier. L’info en continue est en train d’assassiner progressivement le journalisme. Mettre des éditorialistes autour d’une table coûte moins cher qu’envoyer des équipes sur le terrain. Ces éditorialistes arrivent généralement avec une opinion déjà faite et les images montrées à l’antenne doivent obéir à la logique du buzz. On a vu l’indignation (justifiée) de l’opinion devant des manifestants brandissant des étoiles jaunes et établissant des parallèles douteux entre les victimes de la Shoah et la situation des personnes non-vaccinés. Mais quiconque s’étant rendu à cette manifestation peut témoigner qu’il ne s’agissait littéralement d’une dizaine de personnes sur plus d’une centaine de milliers. Soit un sur dix mille. Le choix des images n’était pas innocent. La manifestation parisienne n’a pas occasionné le moindre trouble. Dans une ou deux villes, il y a eu quelques tensions se comptant sur le doigt d’une main. Ce qui n’a pas empêché BFM TV de titrer sur « les dérapages dans les cortèges ». Tout cela suinte un très dangereux mépris de classe.

Comment expliquez-vous cette distorsion entre la réalité et la « narration » qu’en font les médias mainstream ?

Il faut distinguer deux raisons principales. La première plus polémique est le biais idéologique. Les principaux médias mainstream, aux mains d’une petite poignée d’industriels et de milliardaires, se sont alignés sur les directives gouvernementales et sur la vaccination massive. Rajoutez à cela que les manifestants contre le passe sanitaire sont représentés par des personnalités inclassables ou classées à droite, il y a d’ores et déjà une défiance pavlovienne qui s’installe. Dans l’esprit de mes confrères, pour une immense majorité acquise à l’idéologie progressiste, jamais Florian Philippot ou Nicolas Dupont-Aignan ne pourra incarner un combat juste. L’autre est plus simple : l’irrationalité du débat. Jamais on n’a vu un tel niveau de désinformation et d’assertion incantatoire. On a bien vu la division du corps médical sur cette épidémie, transposez cela à la société française ! Le complotisme tant décrié par l’opinion n’est pas la cause de cette fracture. Il est une conséquence. Il faut lire l’excellent essai de Geoffroy de Vries « Le hold-up des mots » : ces derniers ont été vidé de leur sens. La parole politique est devenu une succession de borborygmes creux et inaudibles quand ce ne sont pas carrément des mensonges les yeux dans les yeux. Comment s’étonner de voir des citoyens tomber dans la paranoïa ? On a bien vu la dérive du débat public. On est passé d’un débat sur la responsabilité du gouvernement à celle des « anti-vaccins », devenus avec les soignants des bouc-émissaires commodes. Pourtant, c’est au gouvernement de rendre des comptes sur la gestion de cette crise, les responsables ce ne sont pas ceux à qui on a tant menti mais que l’on voudrait vacciner de force. N’importe quel journaliste encore rattaché au monde réel devrait voir cela. Cette violence sociale, cette violence de caste devrai-je dire est en train d’alimenter une bombe à retardement qui couve dangereusement. Car en admettant que le passe sanitaire soit mis en place, ces manifestants qui continueront de refuser le vaccin seront licenciés. Et je crains que ce jour-là, ils n’auront plus rien à perdre. Mais comment leur jeter la pierre quand la stratégie sanitaire est une insulte quotidienne à l’intelligence ?

Vous aviez couvert aussi des manifestation de Gilets Jaunes, est-ce la même population, y voyez-vous des parallèles, notamment par le traitement qu’en font les médias?

Absolument. Les Gilets Jaunes sont nés d’une taxe supplémentaire et injuste. Dans ce pays soit disant libéral mais handicapé par un étatisme impotent, on voit les impôts, charges, taxes et prélèvement augmenter sans cesse. De l’autre, on voit les services publics fermer, la santé se dégrader, l’insécurité exploser et l’Éducation se délabrer. Non content d’avoir abandonné cette population des périphéries, l’État a le chic pour vous expliquer quoi manger, comment vous chauffer, quelle voiture conduire, comment occuper vos loisirs… Et maintenant il veut venir vous chercher pour vous faire vacciner. Il y a évidemment une corrélation entre les deux mouvements. D’ailleurs, ils jouissent du même traitement médiatique. Petite anecdote amusante sinon triste : ce dimanche, une chroniqueuse de radio a affirmé en voyant un manifestant tenir un drapeau tricolore muni d’une croix de Lorraine que ce dernier portait un drapeau à croix gammée… Deux ans auparavant pendant un acte des Gilets Jaunes, un « spécialiste de l’extreme-droite » a vu dans un drapeau picard, un « symbole monarchiste ». Cela démontre bien la rage frénétique à salir ce mouvement qui, encore une fois, soulève des questions légitimes. En tout cas ils ne sont pas une cause de cette nouvelle fracture, plutôt une conséquence de l’impéritie de l’État et des médias. En fait, la première victime de cette crise c’est le principe de responsabilité.

Dernière question, pour vous la présence de personnes connues sur le devant de la scène tels que MM. LALANNE, DI VIZIO, DUPONT-AIGNAN, PHILIPPOT, est-il un atout ou est préjudiciable au mouvement ?

Le mouvement ne se résume pas aux personnalités que vous citez. Aucun manifestant n’est là pour le charisme de tel ou tel politicien ou artiste. Bien entendu que toute cause est susceptible d’être récupérée pour servir les intérêts de quelque politicien en préparation d’élection, quelque artiste en manque de cause, ou quelque journaliste en recherche de seconde carrière. J’ai tout de même l’impression qu’on assiste à une situation identique à celle des Gilets Jaunes : le mouvement est encore trop protéiforme et chaotique pour susciter une quelconque récupération. Les « gros candidats » qui jouent un second tour ne peuvent se permettre pour le moment de rallier cette cause. Le ratio bénéfice-risque est, pour quiconque briguerait (avec des chances de victoire) la fonction suprême, politiquement négatif. Pour Florian Philippot ou Nicolas Dupont-Aignan, c’est potentiellement un ascenseur électoral. Pour Marine Le Pen et Mélenchon, ce serait un boulet. 

 

Marc Eynaud est journaliste chez Boulevard Voltaire et membre du comité éditorial de l’Incorrect. 


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