Les nouvelles dimensions de la coopération sino-russe

Mutuellement renforcées par un traité de bon voisinage vieux de vingt ans, la Chine et la Russie coopèrent de plus en plus ces dernières années. Dans le cadre d’un sommet des États asiatiques organisé mi-juillet en Ouzbékistan, les Russes ont ainsi évoqué le développement de relations au « plus haut niveau ». Cette synergie entre les deux puissances serait désormais susceptible de se renforcer sur de nouveaux terrains, dont le spatial.
 Les nouvelles dimensions de la coopération sino-russe

En marge de la Central-South Asia Conference (Conférence de l’Asie centrale et du Sud) organisée le 15 juillet dernier à Tachkent, en Ouzbékistan, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déclaré que les relations russo-chinoises étaient « à leur meilleur et plus haut niveau ». Cette déclaration de Lavrov présente un sens particulier en ce vingtième anniversaire du traité sino-russe dit de «  bon voisinage et de coopération amicale ». Au-delà de l'amplitude nouvelle de ces relations, le ministre en a en particulier souligné la forme, relevant qu'elles « dépassent aujourd'hui la forme d'interaction interétatique qu'étaient les alliances militaro-politiques de la guerre froide », pour devenir quelque chose de plus global.

Cette embellie progressive des relations entre les deux superpuissances eurasiatiques (+ 1 300 % de chiffre d’affaires commercial mutuel entre 2017 et 2020) dénote fortement par rapport à la dégradation de leurs relations respectives avec les États-Unis. C'est en particulier sur les dossiers iranien et syrien que ces relations se sont détériorées. Depuis 2014, les États-Unis ont ainsi imposé près d'une centaine de sanctions à la Russie, ciblant principalement les banques d'État, les secteurs pétrolier et gazier, tout en assumant une guerre commerciale avec la Chine, surtaxant les importations d’aluminium, et, surtout, d’acier.

La rencontre de ces derniers jours fait suite à une visioconférence organisée entre Vladimir Poutine et Xi Jinping, les dirigeants chinois et russe. Durant cet entretien, les deux chefs d'États ont décidé d'un commun accord la confirmation du traité de bon voisinage. Cette coopération prorogée s'inscrit de plus dans un autre vingtième anniversaire, celui de l'Organisation de coopération de Shangaï (OCS), au sein de laquelle figurent la Chine et la Russie, en qualité de membres fondateurs.

En plus des aspects économiques, la coopération sino-russe est en particulier appelée à se développer dans les années à venir concernant un domaine de haute technologie : le spatial. Dans l’espace, qui voit désormais les agences spatiales étatiques américaine et européenne être concurrencées par des opérateurs privés du type SpaceX, la Chine et la Russie se distinguent de plus en plus des autres puissances.

- Coopération spatiale à venir -

Le rapprochement croissant entre les puissances chinoise et russe sont particulièrement perceptibles dans le domaine de l'espace, où la tendance est déjà, depuis ces dernières années, à une autonomisation de la Chine. Les Chinois sont actuellement en train de quitter la Station spatiale internationale, au profit de leur propre station en orbite, succédant depuis ces derniers mois aux deux prototypes à module unique de la série Tiangong. Par ailleurs, le 9 mars dernier, la Chine et la Russie ont conjointement annoncé leur volonté de construire une autre station spatiale, pour un usage commun, précisant qu'elle se destinerait à la Lune sans toutefois s'attarder sur le fait s'il s'agirait d'une installation orbitale ou de surface. Ce projet, la « Station de recherche lunaire internationale » (ILRS, International Lunar Research Station), dont l'intitulé semble délibérément vague quant à sa dimension orbitale, ou non, bien sûr porté par les agences spatiales russe et chinoise, Roskosmos et la China National Space Administration, n'en demeure pas moins officiellement ouvert à destination de « tous les pays intéressés, et partenaires internationaux ».

Ladite station ILRS, internationale dans l’idée quoique de la seule initiative sino-russe, pourrait être opérationnelle vers 2036, après dix ans de construction. Qui pourrait rejoindre ce projet ? Il a d’ores et déjà été annoncé que les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite et la Thaïlande sont associés à ses phases préparatoires. L'Inde, dont la puissance spatiale s’est pleinement autonomisée, pourrait également y avoir un intérêt. Et, paradoxalement, les puissances européennes semblent également impliquées.

Dans la course à l’espace, longtemps gagnée par les États-Unis, le premier homme à avoir fait un « petit pas » sur la Lune, on le sait, n’aura finalement pas été un Soviétique. Mais le prochain pourrait bien être un Russe, ou un Chinois. Nous le saurons éventuellement dans la décennie à venir.

Gauthier Bouchet, directeur de Fréquence Histoire


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