Le grand silence

Ceux qui aiment l’archéologie cinématographique découvriront avec stupéfaction ce western spaghettis de 1968. Tout y est sombre, cruel et surréaliste, à commencer par son casting : Jean-Louis Trintignant et Klaus Kinski. Le personnage central de cette curiosité du septième art est le mystérieux « Silence ». Un personnage muet, au jeu minimaliste qui n’est pas sans nous rappeler la Droite française actuellement. Entre casting décalé et mutisme total, la Droite n’a, en effet, rien à envier à l’œuvre de Sergio Corbucci.
 Le grand silence

La Droite française vit dans une curieuse situation, toute faite de paradoxes. Le premier et pas des moindres est de ne plus avoir de chef. Même si la création de l’UMP en 2002 en amalgamant centristes et gaullistes avait largement entamé la culture bonapartiste traditionnelle du RPR, le culte du chef avait perduré.

Chirac, Sarkozy et puis plus rien. Enfin, plus de chef mais une multitude de lieutenants se voyant dans le fauteuil du général. Une génération de cadres assez pauvre qui sans identité idéologique, sans culture politique et sans courage ni audace intellectuelle a transformé un vénérable courant historique en une énième « drauche libérale ».

Immigration, insécurité, identité, souveraineté, la droite a tout renié de peur d’incarner ce que l’histoire avait fait d’elle. La droite est devenue une machine à abolition d’elle-même, se contentant d’être un malentendu politique pour électeurs abonnés. Les Républicains vivent de cette rente générationnelle qui leur permet de gérer une dizaine de milliers de villes et un grand nombre de régions. Les boomers veulent croire qu’ils votent à droite pour la sécurité de leurs zones pavillonnaires, les bacs à fleurs du centre-ville et les spectacles de fin d’année. L’espoir, l’avenir tout ça c’est pour les autres. Comprenez par les autres : les jeunes. Concept pas vraiment scientifique qui va de 15 à 50 ans dans l’esprits de nos boomers cacochymes. La Droite ne produit donc plus rien, à part des candidats qui pensent plus à déclarer leur opposition au Rassemblement National que de s’opposer à la machine à broyer la Nation qu’est le progressisme macronien.

La droite qui pendant tant et tant d’années ne se rêvait que par le prisme du jeune Bonaparte et du barrésien De Gaulle n’a rien à proposer que de tristes seconds couteaux aux programmes vaguement orléanistes et fondamentalement inscrits dans la post-nation. Le gaullisme est politiquement un ascétisme en témoigne la vie du Général, la pensée de René Capitant ou de Louis Vallon. Le Pompidolisme est une bouture, un organisme génétiquement modifié : le gaullisme sans la Résistance. De croisements en croisements, il reste Valérie Pécresse et Xavier Bertrand, confondantes têtes de gondoles de cette lignée. De RPR en UMP ou en LR c’est le même ADN pompidolien.

La Droite n’a rien à dire sur rien car ontologiquement elle est privée de pensée politique. Le verbe gérer a remplacé celui de gouverner. Il n’est donc pas étonnant qu’au moment d’une crise sanitaire, morale et politique les ténors soient aphones.

Rarement il fut donné le spectacle, en France, d’une famille politique se reniant et se niant autant. Emmanuel Macron ayant effectué la synthèse entre moralisme sociétal et « agilité » libérale, il ne reste plus rien à une droite embarquée sur le radeau de la méduse pour lequel elle a payé 10 fois, 100 fois son billet.

Non loin de là, le RN qui fut un jour le FN et qui se rêvait comme la « Droite nationale, populaire et sociale » est entré dans une période de glaciation idéologique. Le terme de droite est renié, détesté, proscrit. Pourtant c’est peut-être lui qui incarne véritablement et sociologiquement la droite bonapartiste. C’est une erreur fondamentale de s’arcbouter sur une facilité recyclée des années 20 qu’est le « ni droite, ni gauche ». Les architectes de cette idée lumineuse, véritable épouvantail de communication essaient de justifier cette crétinerie par des arguments encore plus absurdes et sans base de démonstration politique.

La vérité, c’est que l’actuelle direction du RN ne semble pas posséder une culture politique très étendue et l’absence de toute production intellectuelle en fait un parti golem, uniquement animé par son maitre du moment. Certains, dans la direction du parti, feraient tout de même bien de relire l’ouvrage de Gustav Meyrink.

Privé d’esprit, le golem RN est lui aussi dans le mutisme car incapable de rendre intelligible quoique ce soit. Cela est considéré parfois comme une force car chacun peut y trouver une raison de le soutenir.

Le RN en parti de masse pourrait encore troubler le jeu, faire sien ce qui fait la droite : le refus de l’économisme, la participation, la nation comme socle, la famille comme unité de base, la liberté d’entreprendre, le refus de la lutte des classes, du lucre, l’amour de la liberté mais la détestation de la licence.

Pourtant, dans un curieux débat de mime, le RN considère LR comme la droite alors que ce parti en est la négation. Paradoxe de deux familles politiques dont aucune n’est à sa place et qui se plaignent d’être incomprises et incapables de se mesurer au Peter Pan de l’Elysée.

En reniant les idées, en voulant faire de la gestion au lieu de la politique, en oubliant son passé et un surjouant le pragmatisme, la Droite au sens large du terme a en fait presque disparue comme famille d’idée. La droite résiduelle sera-t-elle le fermant d’un retour d’une vision du monde basée à la fois sur la transmission et la transcendance ? En attendant, contre la politique sanitaire et globalisante du Président Macron c’est toujours le grand silence.

Arnaud Stéphan, éditorialiste Tysol, chroniqueur LCI, spin doctor

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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