L’avenir de l'Europe

Le plus grand événement diplomatique d'Europe, le Forum stratégique de Bled, s’est déroulé en Slovénie du 31 août jusqu’à 2 septembre, sous le nom « L’avenir de l’Europe ». 
 L’avenir de l'Europe

Le panel d'ouverture comprenait la présence des premiers ministres tchèque, slovaque, slovène, grec, hongrois, croate et serbe : Andrej Babiš, Eduard Heger, Janez Janša, Kyriakos Mitsotakis, Viktor Orban, Andrej Plenković et Aleksandar Vučić, ainsi que Charles Michel, président du Conseil européen, Pietro Parolin, secrétaire d'État du Vatican, David Sassoli, président du Parlement européen, et Dubravka Šuica, vice-présidente de la Commission européenne pour la démographie et la démocratie. Sviatlana Tsikhanouskaya, leader Bélarusse, était également présente. Le Forum a été officiellement ouvert le 31 août par Thomas Bach, président du Comité international olympique.

Le Forum se réunit chaque année à la fin du mois d'août et a été fréquenté par pratiquement tous ceux qui comptent dans la politique mondiale. La première réunion a eu lieu en 2006. Depuis, 30 chefs d'État et hommes d'État, 300 ministres et plus de 1500 journalistes y ont participé (source : https://bledstrategicforum.org/).

Le Forum de Bled de cette année était littéralement l’événement politique sine qua non de ces jours. Il s'agissait d'un acte de politique rationnelle dans un monde où la rationalité disparaît trop rapidement. Surtout en disparaissant de là où elle ne devrait pas s’effacer, de la politique et de la diplomatie. Le Forum de Bled de cette année était une réponse à l'état d’anarchie créé par la politique américaine avec ses pions européistes. L’Afghanistan est une machine infernale dont on ne sait jamais quand elle va exploser. Mais elle explosera un jour (ce jour est peut-être déjà venu), ce qui signifie que l'immigration de masse en provenance de cette région frappera à la porte de l'Europe. Nombreux sont ceux qui, à Bruxelles, souhaitent la création d'un corridor « humanitaire » pour amener des millions de migrants au cœur de l'Europe. Le président du Parlement européen, David Sassoli, s'est montré favorable à une telle "solution", mais à Bled il n’a pas pu trouver d’allié. Ce qui était intéressant c’était d’observer la présence ininterrompue d’un interprète à ses côtés.

Le Forum de Bled de cette année a été, en fait, une démonstration de volonté politique, comme on n'en verra pas à Bruxelles. Il a montré qu'il existe un large consensus politique pour défendre la souveraineté, les valeurs et le mode de vie européens ce qui doit inclure l’héritage historique des père fondateurs, y compris le christianisme. Il est devenu évident que la majeure partie de la politique des états membres en a assez de l'inefficacité de l'administration de Bruxelles, dirigée en coulisse par Bundeskancleramt (Berlin) et Le Palais de l’Élysée (Paris). C’est un phénomène tellement plus aggravant puisque L’Union européenne est construite sur les principes de la sélection négative, formellement. On envoie à Bruxelles ceux dont on veut se débarrasser. C'est ainsi que les politiciens de deuxième et troisième division conquièrent les places de première importance. Un problème supplémentaire est que les matamores européistes vivent sous une canopée commune et sont de facto coupés du monde extérieur. Le palais du Berlaymont, où siège la Commission européenne, en est la preuve in primis.  Avec l’armée de 2 700 membres de castes supérieure et intermédiaire et d'autres dans d'autres corps de grandes dimensions qui convergent vers le premier. La géographie même du lieu suscite la pensée monolithique qui est en même temps aliénée de la réalité. Dans un espace aussi réduit, il n'y a tout simplement pas de place pour une pensée en opposition avec le courant dominant. Il est même excessif de dire qu'il y ait une pensée oppositionnelle, car les couloirs de Bruxelles signifient l'absence de pensée en tant que telle. On sait depuis George Orwell que le délit de la pensée ne peut être éradiqué que lorsque la pensée telle quelle s’obnubile à tel point qu’elle disparaît.

Bruxelles a dégénéré en un type d'organisation multinationale qui se préoccupe avant tout d'elle-même, et qui se caractérise par son manque d'impact et par les dégâts qu’elle occasionne dans le monde extérieur. C'est le cas, par exemple, de l'ONU, de l'OMS et, à partir du 6.1.2021, des États-Unis. En effet, on présupposant que les archontes de le mégapole grisâtre partent en vacances pendant six mois ou s’abstiennent de toute activité, cela n’entraînerait pas de conséquences pour les citoyens européens. L'économie, la société, la culture, la sécurité et le reste continueraient d'exister comme si rien ne s'était passé. Il serait intéressant de faire une expérience de ce genre un jour.

Il est de plus en plus évident que la politique politicienne n'a pas de réponses aux défis de l’époque et aux problèmes réels du vieux continent. C’est un fait communément admis que les anges de l’Apocalypse bureaucratique ne recherchent pas à remédier à cet état. Le pire est que: tout questionnement sur les causes et les conséquences est hors de leur portée. C’est même gênant de poser des questions, Bruxelles est devenue une capitale de dystopie. Elle se veut l’autorité suprême, ses fonctionnaires abusant de leur pouvoir sur le public oublient pourtant une règle essentielle : c’est qu’on peut tout faire avec une baïonnette sauf s’assoir dessus. C'est pourquoi une alternative est prête à émerger spontanément, celle qui parle le langage que la majorité de la population veut entendre. Et dont l’intérêt n’est rien d’autre que le bien-être des citoyens.  C’est ce qui s’est passé à Bled, il y a quelques jours.  

Le dénominateur commun dans lequel pourrait se résumer la nouvelle alternative est donc le suivant : plus d'Europe signifie plus de souveraineté pour les États-nations et, surtout, plus de bon sens, de diplomatie et de compétence politique dans la gestion du vieux continent. On est las d’entendre que afin de faire l’Europe il faudrait défaire les nations : celles qui avaient fait sa force et son rayonnement.

À un moment crucial de l'histoire moderne de l'Europe, les ministres de l'intérieur des États membres, bypassant la hiérarchie officielle, ont ainsi adopté une déclaration contraignante rejetant toute possibilité de corridor de migrants en provenance d'Afghanistan. Le Forum Bled 2021 a sauvé l'Europe d'une nouvelle crise des migrants aux proportions similaires à celle de 2015.

Bled a ainsi créé une nouvelle plate-forme politique qui défend les intérêts des États membres, et non les intérêts que Bruxelles soutient au nom d'un tiers. Bruxelles est dirigée par des lobbyistes qui se comptent par dizaines de milliers : ils sont l'appareil obéissant de multinationales dont les intérêts ne sont pas, et n'ont jamais été, alignés sur ceux des États membres. Ce qui est actuellement à la mode, ce sont les lobbystes des multinationales transatlantiques, GAFAM, par exemple.

Le Forum de Bled a été en plus marqué par la prise de conscience que l'identité de l'Europe est enracinée dans la tradition hellénistique, juive et chrétienne. Le discours du secrétaire d'État du Saint-Siège, le cardinal Pietro Parolin, a été particulièrement poignant. Il a déclaré : "L'avenir de l'Europe dépend de sa capacité à renforcer son identité. Les Pères européens ont posé le socle et nombre de leurs idées et valeurs étaient des valeurs chrétiennes. Nous ne devons pas oublier ces racines".

Le Forum de Bled 2021 a été une leçon unique d'optimisme politique et civique. Nous ne sommes pas impuissants lorsque nous luttons contre la violence de la mondialisation. On a atteint un point où la politique « officielle » doit changer, sinon l'Europe sera finie. C’est la grande leçon de Bled 2021.

 

Bostjan Marko Turk, professeur à l’Université de Ljubljana, membre de l’Académie européenne des sciences et des arts.


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