Mère Elżbieta Róża Czacka – L’apôtre des aveugles et de ceux qui sont loin de Dieu

C’était une femme extraordinaire qui, après avoir perdu la vue à 22 ans, considérait son handicap comme un signe de Dieu. Elle décida de servir les aveugles, aussi bien les aveugles physiques que les personnes « spirituellement aveugles ». Elle fonda un institut séculier pour aider les malvoyants et plus tard une nouvelle Congrégation de franciscaines. Le centre des activités des deux institutions est encore aujourd’hui à Laski, près de Varsovie, où il y a une école et un centre éducatif pour les enfants aveugles. C’est un puissant centre de spiritualité, ouvert aux personnes dans le besoin et au dialogue avec les non-croyants.
 Mère Elżbieta Róża Czacka – L’apôtre des aveugles et de ceux qui sont loin de Dieu
FR - Institut Primat Cardinal Stefan Wyszynski

La perte de la vue : Un tournant dans la vie

La future bienheureuse est issue dans une famille aristocratique bien connue et distinguée (elle était l’arrière-petite-fille de Tadeusz Czacki, fondateur du lycée de Krzemieniec). Elle naquit le 22 octobre 1876 à Biała Cerkiew, dans les anciennes terres orientales de la République de Pologne (aujourd’hui l’Ukraine). Grâce à une solide éducation à la maison, elle était mieux préparée que ses camarades à assumer diverses tâches dans la vie. À 22 ans, elle perdit la vue, déjà menacée depuis l’enfance, dans un accident de cheval. Sa foi profonde l’a aidée à accepter ce fait humainement tragique comme sa vocation personnelle dans la vie. Sur les conseils de son ophtalmologue, elle décida de s’engager totalement pour améliorer le sort des aveugles en Pologne, dont personne ne se souciait à l’époque.

Róża Czacka apprit seule le braille et entreprit un travail intensif de réadaptation personnelle pour atteindre la plus grande indépendance possible. Pendant 10 ans, elle acquit de l’expérience dans des centres pour aveugles à l’étranger, en Suisse, Autriche, Allemagne et France. En 1908, elle ouvrit les premières petites institutions pour enfants et adultes aveugles à Varsovie. En 1910, elle fonda la Société pour le soin des aveugles.

Fondatrice d’une Congrégation

En même temps, l’idée de la consécration religieuse et de la fondation d’une communauté totalement dédiée au service des aveugles mûrissait en elle. Elle passa les années 1915-1918 dans les territoires de l’Est, où elle restait bloquée à cause de la guerre. C’était une période de retraite personnelle. Elle commença le noviciat des Tertiaires, s’adonnant à la pratique d’une pauvreté radicale. Le 19 novembre 1917, elle prit l’habit et prononça ses vœux, prenant le nom de Sœur Elżbieta de la Croix. La Congrégation des Sœurs Franciscaines Servantes de la Croix, qu’elle fonda formellement, fut établie à Varsovie le 1er décembre 1918. Certains considéraient avec scepticisme la vocation de la Congrégation fondée par la comtesse aveugle, mais elle reçut l’approbation et le soutien de l’archevêque métropolitain de Varsovie, Aleksander Kakowski. La fondatrice était également tenue en haute estime par le nonce apostolique de l’époque, Achille Ratti, le future pape Pie XI.

L’œuvre de Laski

En 1921, la Société pour le soin des aveugles installa la plupart de ses institutions pour aveugles à Laski, près de Varsovie. Très vite, le centre devint l’un des plus modernes d’Europe centrale. L’œuvre de Laski se caractérise par une simplicité et une pauvreté véritablement franciscaines qui touchent le cœur.

Un rôle important dans la formation de la spiritualité du lieu fut joué par le père Wladyslaw Kornilowicz (1884-1946), l’un des pionniers du renouveau liturgique en Pologne, aumônier des jeunes universitaires et de l’intelligentsia à Varsovie, qui était aussi engagé dans le dialogue avec les non-croyants. Il assuma le rôle de directeur spirituel de la Congrégation et des collaborateurs laïcs de l’Œuvre. Grâce à son travail pastoral, la Mère Czacka a pu réaliser pleinement son désir d’impliquer les sœurs et les aveugles physiques non seulement dans l’expiation de la cécité spirituelle du monde, mais aussi dans l’apostolat actif et le service aux « aveugles spirituels », c’est-à-dire aux personnes perdues et en recherche.

C’est à l’initiative du père Kornilowicz que l’on fonda à Laski un centre de retraite, qui existe toujours aujourd’hui et accueille durant toute l’année des retraites individuelles et collectives pour les personnes qui cherchent leur voie et veulent trouver des réponses à leurs dilemmes intérieurs. Le Père Korniłowicz donna aussi l’impulsion à la création d’une bibliothèque de connaissances religieuses ainsi qu’à une librairie et la maison d’édition « Verbum », qui propose de valeureux ouvrages de spiritualité et de philosophie. Par son service pastoral, il conduisit à Dieu également des non-croyants et des adeptes d’autres religions. L’atmosphère de Laski a attiré des artistes tels que Zbigniew Herbert, Antoni Słonimski, Zygmunt Kubiak et Jerzy Liebert.

L’environnement de Laski établit des relations avec d’éminents représentants du personnalisme catholique en Europe occidentale. En août 1934, se tint à Varsovie un Congrès Thomiste International, auquel Jacques Maritain participa. Lui aussi vint à visiter Laski et le siège de la maison d’édition « Verbum ». Un autre philosophe et théologien thomiste éminent, le Suisse Charles Journet, qui devint plus tard cardinal, rendit également visite à Laski à cette époque. Il a écrit des mots éloquents sur son séjour à Laski : « Nous avons rencontré dans un coin de Pologne, et ce sera un des beaux souvenirs de notre vie, cette Église véritablement franciscaine, pauvre jusqu’au dénuement mais débordante de charité, accueillante à toutes les misères du corps et de l’âme, en même temps qu’aux recherches de l’art le plus moderne, merveilleusement respectueuse des désirs du souverain pontife et des exigences de la liturgie mais admirablement affranchie de toutes les sortes de formalisme, libre comme le nuage dans le ciel, qui n’était ni dure ni méprisante pour les Juifs, mais qui avait su trouver le secret pour leur ouvrir les portes du saint baptême, sans nul mensonge, sincère jusqu’au scrupule – de cette sincérité slave à la fois folle et adorable... »

En 1937, la Mère Czacka fut reçue en audience par le pape Pie XI, qui, alors qu’il était encore nonce apostolique à Varsovie, avait donné à la fondatrice de précieux conseils et orientations. Il a écouté attentivement le récit du développement de l’Œuvre et l’a bénie.

La relation avec le cardinal Stefan Wyszyński

La Mère Czacka rencontra, en 1926, le jeune prêtre Stefan Wyszyński, que son directeur spirituel, le père Władysław Kornilowicz avait amené à Laski. Ce fut le début d’un lien spirituel fort, et leur coopération devint plus étroite notamment pendant la Seconde Guerre mondiale. Le jeune professeur, qui se cachait de la Gestapo, servit d’abord comme aumônier dans la pastorale des avant-postes de Laski, dans la région de Lublin (à Kozłówka et Żułów) ; ensuite, dans les années 1942-1945, il servit comme aumônier des sœurs franciscaines et des unités de l’Armée de l’Intérieur clandestine. L’amitié et le lien spirituel du cardinal Wyszyński avec la Mère Czacka se maintinrent jusqu’en 1961 quand elle mourut, mais sa mort ne rompit pas le lien du Primat avec la communauté Laski.

En décembre 1948, la Mère Czacka souffrit son premier accident vasculaire cérébral et, en 1950 elle démissionna de la fonction de Supérieure générale. Pendant les dix dernières années de vie elle était grave malade et elle offrait ses souffrances pour l’Œuvre. Elle vivait dans une petite chambre attenante à la chapelle de Laski, où elle mourut le 15 mai 1961.

Vers la béatification

La conviction de sa sainteté était répandue. Le procès de béatification commença en décembre 1987 et se termina au niveau diocésain en juin 1995. Le décret sur l’héroïcité des vertus de la Mère Czacka fut approuvé par le pape François en 2017 et en octobre 2020, il signa le décret concernant un miracle attribué à son intercession. Cela ouvrit la voie à la béatification.

Le miracle, qui se produisit en 2010, était lié à un grave accident survenu à une fillette de 10 ans le 29 août de la même année. Les blessures à la tête de l’enfant étaient si graves que les médecins craignaient que, si elle ne mourait pas, elle ne reste dans un état végétatif ou ne subisse de graves dommages, notamment à la vue et à l’ouïe. La famille, sa paroisse et toute la Congrégation des Sœurs franciscaines Servantes de la Croix priaient pour la jeune fille par l’intercession de la Mère Czacka. Puis, le 13 septembre 2010, l’état de la fillette s’améliora et elle commença à reprendre rapidement ses forces. Aujourd’hui, elle est en parfaite santé.

KAI – Agence de presse catholique

 

 

 

 

 


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