Pédo-criminels dans l'Eglise: Ils savaient ce qu’ils faisaient.

Agressions et abus sexuels dans l’Eglise : « qu’as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu’à moi » ( Gen 4, 10)
 Pédo-criminels dans l'Eglise: Ils savaient ce qu’ils faisaient.

Aujourd’hui est remis, à grand renfort de communication, le rapport de la commission Sauvé sur les abus sexuels dans l’Eglise.

Et pour commencer, il est nécessaire d’ajuster les mots à la réalité vécue : l’enfer étant le mot le plus adapté en cette circonstance.

Ce sont les mots adressés ce matin par une victime à la commission Sauvé : «  vous revenez de l’enfer »

L’Eglise connaît bien ce registre. Nous dirions même que c’est sa mission première : fustiger le péché, former les âmes à la participation réelle ou tacite au mal.

Au cours des prêches de Carême sur l’enfer prodigués cette année à Notre-Dame de Paris, les pauvres croyants repliés sur leur pauvreté, leur isolement et leur détresse, étaient invités à méditer sur leur responsabilité dans leur empêchement à l’accomplissement du Salut.

Ils avaient l’impression d’avoir l’âme sale, ces pauvres paroissiens du dimanche.

Nous pourrions penser que ceux qui leur montrent l’enfer du doigt, eux, sont portés par la grâce de Dieu. Etant par définition les oracles du Seigneur, il n’est pas possible que celui-ci ne les dote pas de l’armure nécessaire pour lutter contre tous les fléaux qui s’abattent sur la misérable condition humaine.

Cependant la réalité actuelle nous impose de renverser le gant si l’on peut dire, et de voir ce qui se passe avec les yeux du dedans.

Et ce qui se passe aujourd’hui nous remplit d’une colère quasi biblique, la colère de ces enfants qui ne demandaient qu’à conserver l’innocence de leur âge, et qui, un jour, ont vu la laideur de la perversion et du mal, infligé  à leur âme et à leur corps par certains représentants du sacerdoce.

Cette colère est légitime et salutaire, parce qu’elle est intimement liée à la blessure que provoque le mal dans la création. C’est le scandale des Saints innocents, paradoxalement assassinés par des hommes de Dieu.

La commission Sauvé a enregistré des milliers de plaintes. Soit. C’est terrible. Mais interrogeons-nous : combien de dossiers transmis à la CIASE ont été portés devant la Justice ?

En existe-t-il un seul ?

Aujourd’hui, c’est le chiffre qui compte.

On pourrait rétorquer que le chiffre importe, mais à la seule condition que nous puissions mesurer l’étendue du travail réel d’écoute et d’accompagnement exercé auprès des familles.

Il est des cacophonies médiatiques qui font éclater le silence des crimes.

Alors, tant que les victimes, toutes les victimes, n’auront pas obtenu réparation, tant que le silence continuera malgré les effets d’annonce, aussi bien celui de l’Institution elle-même que celui des familles marquées par la terrible « culture de l’enfouissement », il ne pourra pas y avoir de paix des consciences, pas de rédemption, pas de pardon possible.

Car ils savaient ce qu’ils faisaient.

L’enfer, ce n’est pas le Sermon de Bossuet et la peur des flammes, l’enfer, c’est l’injustice du mal porté contre l’enfant innocent.

Nous ne pouvons dès lors qu’espérer une chose : que tous les pédo-criminels soient traduits en Justice, et pour ceux qui seraient morts, que les chaînes de responsabilité soient évaluées à leur juste mesure.

 

Sabine Faivre

 

 

 


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