Les clichés ont la vie dure !

Lorsque j'ai dis à ma famille que je partais en Pologne, j'ai eu droit aux sempiternelles tirades prémâchées sur l'alcoolisme, le froid et les bâtiments gris de l'ère soviétique.
 Les clichés ont la vie dure !

Les clichés ont la vie dure. S'il est très mal vu de dire des vérités qui dérangent sur nos problèmes de délinquance locaux, nos barres HLM vétustes, et autres émanations de la mascarade multiculturelle, il est d'autant plus libérateur pour le français moyen de cracher son venin sur les pays de l'Est. Comprenez le : il est sommé de se coucher devant le politiquement correct toute la journée, alors quand il peut sortir toute cette bile accumulée au fond de sa gorge, il s'en donne à cœur joie. Les roumains sont donc un peuple de demi-roms qui jouent du violon dans le métro (tous, sans exception), les russes sont des alcooliques qui tirent à la kalashnikov sur des bouteilles de vodka frelatées, et le polonais est un genre de paysan silésien avec un chapelet qui lui tombe aux genoux.

Moi, les clichés, ça ne me gêne pas. Je suis un mec de droite, à l'aise avec le principe de réalité qui dit "si on veut atteindre son objectif, il faut avoir les yeux en face des trous". C'est un genre d'hygiène mentale, car détourner le regard est le meilleur moyen pour laisser une situation empirer. Ce qui me gêne, c'est qu'on soit à l'aise avec les clichés sur l'Est, mais pas avec les clichés sur le Sud, et quand je parle du Sud, je parle de l'hémisphère Sud, dans lequel il faudra bientôt inclure la France, l'ancien Empire qui empire.

L'alcoolisme en Pologne (très exagéré, en réalité) est en effet un problème du pays, et je serai tenté de dire que c'est le seul. Quand une bagarre explose ou qu'un drame se produit, c'est sur fond d'alcoolisme, et tout le monde se méfie de ce fléau. L'ennemi est identifié, connu. En dehors de ça, pas de délinquance, pas d'incivilités, pas de roue arrière et de voitures brûlées, de caillassages de pompiers, de tabassages d'innocents. Tout fonctionne, le pays est propre car le cerveau des gens est propre, ils ont les yeux en face des trous et ça leur permet d'atteindre beaucoup de leurs objectifs. Le dernier en date, par exemple : repousser une invasion orchestrée de manière quasi-militaire par la Biélorussie, voilà un objectif qu'ils ont atteint. En voilà un, de cliché bien franco-français : "Une armée avec des fusils, des 4x4 et des caméras thermiques ne peut pas arrêter des migrants en doudoune !". Ben si. Quand on veut, on peut.

Il est fascinant de voir à quel point l'inertie d'un cliché peut perdurer, alors même qu'il est devenu totalement faux. Beaucoup de polonais sont persuadés que la vie en France est paradisiaque et que le français moyen est un gentilhomme cultivé. Nous jouissons du privilège de nos ancêtres, mais si quelques français correspondent encore à cette description, ils ont probablement déjà fui le pays, où y survivent péniblement. L'âme européenne, qui se hisse au plus haut lorsque les conditions matérielles le permettent, est bien plus dans la Pologne actuelle que dans le périssant hexagone ; situation économique excellente, production artistique notable, chômage futile, croissance exemplaire, vitalité intacte.

Mais avec ces conditions matérielles favorables, progresse aussi la folie conceptuelle de notre époque : le gauchisme zélé, éthéré, idéaliste, illuminé. Si l'alcoolisme est le principal problème en Pologne, alors le gauchisme proliférant est son principal concurrent. Quant à prêter au premier les causes du second... Il se pourrait en effet qu'il se manifeste dans l'électorat polonais de gauche, victime de dégâts intra-utérins qui auraient attaqué le cerveau : ils ont l'air très soucieux de faire basculer le pays dans l'enfer multiculturel que nous avons bien connu. Et cela, hélas, n'est pas un cliché.

Vous l'aurez compris, il est temps que les pendules se mettent à l'heure, que les français comprennent qu'ils sont dans un trou à rat où il est humiliant de vivre, et que les polonais prennent conscience qu'ils ont un pays où tous les horizons sont possibles.

Paul Bartholomée

 

 

 

 


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