A lire ou à relire : Cessez de nous libérer ! (Via Romana, 2014)

Anne Brassié (née en 1949), enseignante, critique littéraire et historienne, fait partie des fondateurs de Radio Courtoisie. Pendant trois décennies elle y a animé une émission culturelle hebdomadaire. Renvoyée par Henri de Lesquen en 2016, elle n'est pas revenu après le départ de ce dernier l'année suivante, préférant rester sur les nouvelles ondes de Radio Libertés. Elle co-publie avec Stéphanie Bignon en 2014 aux éditions Via Romana un petit livre intitulé Cessez de nous libérer!
 A lire ou à relire : Cessez de nous libérer ! (Via Romana, 2014)

Véritable manifeste pro-femmes et antiféministe, ces 150 pages contiennent un condensé de la pensée conservatrice et réactionnaire française dans le contexte de la présidence socialiste de François Hollande. On y trouve d'ailleurs beaucoup de références à l'actualité des années 2012-2014.

La quatrième de couverture reprend le constat que font les auteurs dans l'avant-propos: "un foyer déserté par celle qui en est l'âme blesse la société tout entière. Certains voulant asservir notre société, il fallait commencer par en saper les fondations".

On sent dès le départ que les théories du genre nord-américaines (Judith Butler) et le progressisme révolutionnaire socialiste (Vincent Peillon entre autres) seront mis en cause tout au long du livre. Une autre phrase synthétise le combat qui est mené: "les laïcistes sont les mêmes que les féministes. Ils prétendent défendre la femme en la persuadant d'abandonner sa vocation de mère et d'épouse, en la réduisant à un rôle d'agent de production et en l'isolant. Or la vocation de la femme et d'aimer et de s'occuper de son foyer."

Le premier chapitre a pour objectif de briser les idées reçues concernant la place et le traitement de la femme dans l'histoire. Avec l'accent mis sur le respect qui lui était porté par l'Église et au cours du Moyen-âge: "l'amour courtois a sublimé la femme dans la sphère publique et sa féminité visible et revendiquée a permis à la virilité de l'homme de s'affirmer". Il est ensuite rappelé avec raison que c'est la Révolution et la République qui limitent l'influence des femmes dans la société. Les Lumières n'avaient pas de mots assez durs contre la féminisation de la monarchie. Le coup de grâce à la condition féminine est porté après la Seconde Guerre Mondiale pas les gouvernements occidentaux soumis aux militants féministes. Anne Brassié considère comme un tout destructeur les "avancées" sociétales des années 60-70-80 comme la pilule, la libération sexuelle, la parité obligatoire, l’éducation sexuelle dès le collège, le divorce, l’avortement et la théorie du genre.

Dans la deuxième partie l’ancienne patronne d’émission de Radio Courtoisie décrit en détail l’idéologie à l’œuvre dans la déconstruction de notre civilisation : « arracher l’enfant à ses déterminismes familiaux, cela signifie l’arracher d’abord à sa mère qui transmet la vie spirituelle et établit les connexion de l’enfant avec le monde ». C’est une critique des idées de Vincent Peillon, ministre de l'Éducation nationale de François Hollande, qui appelait justement l’Etat à «  arracher l'élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel ». Brassié interprète ceci comme étant la base de toute idéologie totalitaire : pour asservir une société il faut mettre au pas sa cellule de base : la famille. C’est le projet de la République révolutionnaire, du communisme et du nazisme. C’est aussi le projet de l’hyper-libéralisme capitaliste, conséquence de la révolution industrielle du XIXème siècle : « Mettre les femmes à l’usine, les sortir de force, par nécessité, de la sphère privée et leur présenter comme secondaire, à longueur de journée, à longueur de magazines féminins, leur rôle de nourricière, d’éducatrice et de transmission de la foi fut le premier assaut et le premier mensonge de la libération. ».

Tous les totalitarismes et toutes les dictatures ont comme point commun de vouloir « libérer » l’homme. Vu sous cet aspect la société dans laquelle nous vivons est tout aussi totalitaire que celles, dictatoriales, du XXème siècle.

L’attaque suivante est portée à Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole du gouvernement sous Hollande, qui a fait entrer la théorie du genre à l’école via l’instauration d’activités « non genrées ». L’ancienne critique littéraire au Figaro Magazine cite les études scientifiques qui ont démontré que les sécrétions de testostérone sont liées aux chromosomes et qu’elles sont donc d’origine biologique et donc non sociale. Une fille n’est pas un garçon et inversement.

Tout au long du livre les deux écrivains lient le sort des femmes au sort de l’Eglise. Cette dernière les a protégées, sublimées, leur a assuré leur place dans la société. Ce n’est pas un hasard si la condition des femmes pâtit au même moment que l’Eglise est attaquée. C’est une des rares critiques que l’on peut émettre au livre : la société d’Ancien Régime y est trop idéalisée. Autant la gauche considère que l’on est passé de l’ombre à la lumière en 1789, autant Anne Brassié affirme l’exact inverse, sans nuance. Sa démonstration reste néanmoins efficace. De même, on peut regretter l’appel à maintenir une démographie mondiale croissante : « il faut remettre en cause les déclarations du Conseil de l’Europe, de l’ONU et de l’OMS sur le danger de la surpopulation ». On sait aujourd’hui que l’abaissement du niveau de vie est une conséquence de la surpopulation et que cette dernière est un moteur des migrations mondiales vers l’Occident. D’un point de vue strictement écologique il est absurde de souhaiter que la population mondiale croisse sans cesse. Ce que dénoncent Brassié et Bignon reste pourtant juste : le contrôle totalitaire des naissances et la mise sous tutelle étatique de la démographie.

Une théorie intéressante est ensuite mise en avant : « Nous sommes pris entre deux idéologies : l’idéologie hyper-libérale, égalitariste, républicaine et un islam idéologique. » , « Dans les deux modèles il y a chosification de la femme. Les uns la dévoilent complétement, les autres la voilent tout aussi complétement ».  Le juste milieu se trouve dans l’Europe chrétienne et en particulier catholique. Il faut donc retrouver notre lien à Dieu, abandonner les idéologies totalitaires et progressistes ainsi que l’économisme tout puissante pour revenir à une instruction saine et davantage en accord avec notre nature profonde. Cela aura mécaniquement pour effet de redonner ses lettres de noblesse à la féminité. Notre aveuglement contemporain se résume dans ce passage : « L’égalité  est une tarte à la crème, une énorme machine à abêtir nos contemporains. Elle n’existe pas. Nous sommes tous égaux devant Dieu, mais sur la terre nous avons des fonctions distinctes à assumer. »

Le livre se conclue sur un remerciement notable « à  Radio Courtoisie et à ceux qui l’animent qui, depuis bientôt trois décennies, nous ont permis de découvrir les plus belles œuvres de notre civilisation ».

Nathaniel GARSTECKA

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous sommes en présence ici d’une déclaration d‘amour à la Femme véritable, pilier de notre civilisation plurimillénaire, mais assaillie de toute parts par les idéologies progressistes. Son salut ne viendra que d’un retour à Dieu et d’un respect retrouvé envers la nature imparfaite de l’Homme. Ce petit livre est en somme un grand manuel de la pensée de droite qui nous manque tant aujourd’hui collectivement.


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