A lire ou à relire : « Le Camp des Saints »

Véritable phénomène littéraire, ce roman de Jean Raspail est qualifié de visionnaire.
 A lire ou à relire : « Le Camp des Saints »

Ecrit et publié la première fois en 1973, il a été par la suite réédité à de nombreuses reprises. Il redevient d’actualité à chaque nouvelle grande crise migratoire, comme en 2014-2015 ou en 2020-2021.


Jean Raspail (1925-2020) est à l’origine un grand voyageur, catholique et monarchiste, et amoureux des peuples primitifs. Il a publié de nombreux récits de voyage dans les années 50, 60 et 70. En 1972 lui vient l’idée, lors d’un séjour au bord de la Méditerranée, d’imaginer une arrivée massive et brutale de populations du tiers-monde en France. C’est le point de départ d’un récit qui fera parler de lui pendant 50 ans.

Sous-continent indien. Une information est véhiculée selon laquelle les pays occidentaux accueilleront les miséreux du monde entier. Immédiatement des centaines de milliers d’indiens dépenaillés embarquent sur de vieux bateaux et mettent le cap sur les rives de la mer Méditerranée. Sur les navires règne l’anarchie la plus totale. Les passagers forment une masse informe et grouillante de sauvages agressifs. Une seule chose les motive : atteindre l’Occident riche et capitaliste. Le périple de la flotte est marqué par des réactions internationales différentes : L’Egypte interdit le franchissement du Canal de Suez, l’Afrique du Sud subit des critiques sur le régime d’apartheid qui y est en vigueur. Les populations africaines se précipitent à leur tour. Chaque pays européen espère silencieusement qu’il ne sera pas la destination finale. Au fur et à mesure cependant des voix s’élèvent pour donner l’asile : journalistes, artistes, idéologues…


La flotte finit par s’échouer sur la Côte d’Azur. A partir de là l’Etat français se disloque, l’armée déserte, la plupart des Français fuient. Les immigrants débarquent et sèment la terreur et la destruction. Un noyau de résistants se forme et tiendra jusqu’à son annihilation par le nouveau pouvoir « multiracial ». Des phénomènes ultra progressistes se produisent dans tous les grands pays occidentaux. La fin du roman laisse présager le pire.

 

Le plus important dans « Le Camp des Saints » (titre tiré de l’Apocalypse de Jean) n’est pas l’histoire en elle-même, bien qu’elle soit édifiante, c’est le contexte dans lequel il est paru et la façon dont il a été considéré au fil des décennies. A sa sortie en 1973 la question de l’immigration massive ne se pose pas encore. Certains commentateurs le placent dans la catégorie « science-fiction ». Il se vend très peu au cours des premières années. C’est l’actualité qui fera son succès. A partir de la fin des années 70 il y a les premières arrivées massives de clandestins. Des journalistes de droite comme Louis Pauwels font la promotion du livre qui est dès lors assimilé à un manifeste d’extrême droite par la presse de gauche. Le succès allant grandissant, les rééditions et les traductions (en anglais, allemand, italien ou espagnol) s’enchaînent. La performance est facilitée par le style d’écriture plaisant et racé de Jean Raspail. Ce dernier continue à publier des romans, mais aucun ne connaîtra le destin du « Camp des Saints ».


La réédition de 2011 est agrémentée d'une nouvelle préface, intitulée « Big Other ». Jean Raspail y explique que le livre tel qu’il a été écrit en 1972 ne pourrait plus être publié en 2011 du fait de l’apparition entre temps de nombreuses lois restreignant la liberté d’expression (Gayssot et Pleven entre autres). Pour autant aucune modification n’a été portée au texte d’origine, l’auteur s’y étant refusé.


Qu’est ce qui explique un tel engouement ?


Les événements décrits dans le roman rappellent à de nombreux lecteurs et commentateurs l’actualité des années 90-00-10 : immigration de plus en plus massive, insécurité, complicité des associations, de l’Eglise et du monde du spectacle, lâcheté des politiques, affaissement des structures de l’Etat, mise au ban de la société de ceux qui refusent la disparition de leur civilisation, « wokeisme » avant l’heure… tout y est. A droite beaucoup de gens qualifient le livre de « prophétique ». A gauche, les habituelles accusations de racisme et de « déshumanisation des étrangers ».

 

Un livre qui ne laisse personne indifférent. Un livre dont le style d’écriture permet une lecture à la fois rapide et profonde. Un livre qui nous fait réfléchir sur le destin de notre civilisation. Un livre qu’il faut lire, relire, faire lire.

 

Nathaniel GARSTECKA

 


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