« La France n’a pas dit son dernier mot » (Éric Zemmour, Rubempré, 2021)

Ce livre revêt une importance particulière car il est le dernier écrit par le journaliste avant sa déclaration de candidature à l’élection présidentielle de 2022.
 « La France n’a pas dit son dernier mot » (Éric Zemmour, Rubempré, 2021)

 

Éric Zemmour est né en 1958 à Montreuil de parents d’origine judéo-berbère. Il passe sa jeunesse en banlieue et dans les quartiers nord de Paris. Diplômé de Sciences Po Paris, il devient journaliste politique. Il écrira dans de nombreux périodiques dont le plus important est le Figaro. Ses premiers livres publiés dans les années 1990 traitent de la droite et de la campagne présidentielle de 1995. Au cours des années 2000, cependant, il se réorientera vers des sujets de société et de civilisation avec notamment le désormais célèbre « Premier Sexe », (Denoël, 2006). Par la suite il connaitra un succès grandissant en devenant chroniqueur et éditorialiste à la télévision dans des émissions comme « On n'est pas couché » sur France 2, « Zemmour et Naulleau » sur Paris Première et finalement « Face à l’info » sur Cnews (anciennement Itélé).

Ses trois ouvrages les plus importants des années 2010 sont « le Suicide français » (2014), « Un quinquennat pour rien » (2016) et « Destin français » (2018), tous édités chez Albin Michel. Cette maison ayant refusé de publier en 2021 son dernier livre « La France n’a pas dit son dernier mot », Éric Zemmour le fera via sa propre société : Rubempré.

Dans le contexte de l’élection présidentielle en approche, beaucoup de commentateurs s’attendaient à lire un simple programme électoral. Il n’en est rien. Ce livre constitue une forme de synthèse de tous ses précédents succès littéraires. On y retrouve les spécificités des essais des années 2010 cités plus haut : reprise du principe du « Suicide Français » (chronique du déclin civilisationnel et économique de la France de 1970 à 2005 ; « La France n’a pas dit son dernier mot » démarre en 2006 et s’arrête en 2020), nombreuses références littéraires et historiques à l’image du « Destin français ». A la différence que cette fois ci, Éric Zemmour renoue avec ses origines journalistiques. Son livre se lit comme une série de chroniques politiques, voire sur les hommes politiques, tant l’aspect humain y est présent. Il y décrit ses rencontres, ses entretiens, ses déjeuners avec les acteurs politiques, médiatiques et intellectuels de son temps, tout en invoquant les grandes figures de l’histoire de France.

Pour autant, ce n’est pas un bloc-notes mondain. S’inspirant de « Choses vues » de Victor Hugo, Zemmour nous livre l’essentiel des éléments de sa pensée, disséminés dans plus de 120 éditos. Certains sont courts, comme le relation de sa « rencontre inopinée », après les attentats de « Charlie Hebdo », avec Léa Salamé qui lui avoue : « « Charlie » te donne raison sur tout ! Ca me troue le cul quand même ! », d’autres sont plus longs comme le récit de sa conversation téléphonique édifiante avec Emmanuel Macron.

A ceux qui cherchent des signes de sa candidature à la présidentielle, il leur en donne en somme assez peu : « Personne ne remplit le costume. J’ai l’impression qu’aucun politique n’appréhende à sa juste mesure l’enjeu : la mort de la France telle que nous la connaissons. ». Ceux qui attendent un catalogue de mesures électorales seront déçus. Éric Zemmour identifie les maux profonds de la société française, les dangers qui la guettent, l’hypocrisie des dirigeants politiques et médiatiques… les mesure à prendre s’imposent d’elles-mêmes au fur et à mesure que l’on progresse dans la lecture.
Un président de la République n’est pas un Premier ministre. Il doit tracer la ligne du destin de la nation dans sa continuité historique. Il doit relever les défis non sur 2 mois ou 2 ans mais sur 20 ans voire plus. Il doit traiter en priorité des grandes questions civilisationnelles. C’est ce que fait l’essayiste, parfois en filigrane, parfois plus directement. Les questions les plus importantes de notre temps sont posées : effondrement du niveau scolaire et culturel, explosion de l’insécurité, activité djihadiste et islamiste sur notre sol, sujétion diplomatique, déclin économique et social, progressisme sociétal de plus en plus agressif et déconstructeur, bouleversement démographique via l’immigration massive, rupture dans la continuité historique de la France… Tout y est, traité au travers de l’actualité politique, médiatique et culturelle des années 2000-2010.

La phrase citée de Léa Salamé plus haut peut résumer à elle seule la teneur du livre : la dénonciation « de la lâcheté et de la médiocrité du personnel politique et médiatique depuis 40 ans ». « Lâcheté de la droite », qui a bradé son héritage gaulliste. « Lâcheté de la gauche », qui a abandonné le peuple pour se consacrer aux minorités. Les élites médiatiques et intellectuelles restent quant à elles enfermées dans leur marxisme culturel.

Zemmour dépeint un tableau très noir de la situation « identitaire et civilisationnelle » dans laquelle nous sommes. Cependant, la France, dans les périodes où elle était menacée, a toujours su redresser la tête. Selon l’écrivain, un « homme providentiel » apparait à temps pour faire renaître l’espoir. Nous avons connu Jeanne d’Arc, Napoléon Bonaparte, Charles de Gaulle. Autant il ne s’autoproclame pas lui-même « homme providentiel », autant il énonce les axes autour desquels devra se restructurer le pays : « « les 5 I » : identité, immigration, indépendance, instruction, industrie ». 5 grands thèmes qui pourraient être ceux de sa campagne présidentielle et de son projet pour la France.

 

Si l’on considère que toute l’œuvre d’Éric Zemmour est politique, alors oui ce livre est politique. L’essayiste ne s’en cache d’ailleurs pas. Plus encore, il s’agit d’une fresque du déclin civilisationnel que nous vivons, avec un appel au sursaut salutaire de la nation. De même, on peut lire « La France n’a pas dit son dernier mot » d’une traite comme une simple chronique journalistique. La forme et le style sont adaptés aux exigences de chacun et tout le monde y trouvera de quoi satisfaire ses besoins culturels et intellectuels.

 

Nathaniel GARSTECKA

 


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