Pour les Allemands, les Polonais ne sont pas assez liberticides sur le Covid

La presse et les politiques allemands s'insurgent contre le gouvernement polonais qui n'est assez liberticide contre le Covid19
 Pour les Allemands, les Polonais ne sont pas assez liberticides sur le Covid

Ils recommencent. Une fois de plus, les médias et les politiciens allemands veulent dicter aux Polonais la manière dont ils doivent concevoir leur politique. Cette fois-ci, il ne s'agit pas de savoir à quoi doit ressembler la Cour constitutionnelle polonaise (probablement pas à la Cour allemande, où l'ami de Merkel, le député CDU Harbarth, a été nommé gardien suprême de la Constitution). Il ne s'agit pas de savoir quel gouvernement les Polonais doivent élire (à savoir, s'il vous plaît, un gouvernement libéral de gauche). Il ne s'agit pas de savoir si la Pologne peut effectivement construire sa propre centrale nucléaire (la réponse est claire : non, car un accident pourrait affecter la population de Berlin). Il ne s'agit pas de savoir si l'on peut tuer des petits bébés dans le ventre de leur mère (absolument : l'infanticide est quasiment considéré comme un droit de l'homme). Il ne s'agit pas de savoir si la Pologne a le droit de défendre ses propres frontières nationales (bien sûr que non : en tout cas pas contre les migrants). Il ne s'agit pas non plus de savoir si la Pologne a le droit de privilégier la famille classique par rapport à d'autres formes de partenariat de vie (bien sûr que non ; la famille est, comme chacun sait, la « cellule germinale du fascisme »). Non, il s'agit cette fois de la politique covid-19 de la Pologne.


Rappelons qu'il y a presque deux ans, alors que l'on ignorait encore totalement les conséquences de l'épidémie covid qui venait de se déclarer en Europe, l'Allemagne a été le premier pays à condamner la Pologne pour avoir fermé ses frontières, alors que ceci lui avait de facto épargné la première vague du coronavirus. Aujourd'hui, alors qu'il apparaît de plus en plus clairement que le coronavirus n'est pas beaucoup plus dangereux que la grippe et qu'il touche presque exclusivement les personnes âgées ou celles qui ont des antécédents médicaux graves, et alors que les « vaccins » et les remèdes les plus divers sont disponibles, la Pologne ne va pas assez loin pour les médias allemands. On peut désormais lire dans un récent article du correspondant étranger du « Welt », Philipp Fritz (oui, le même qui avait souhaité l'élection de Trzaskowski il y a quelques années et avait forcé le président Duda à critiquer cette ingérence manifeste dans les élections) : le gouvernement polonais ferait preuve de « négligence » en ne prenant pas les mêmes mesures que le gouvernement allemand qui transforme de plus en plus son propre Etat en une société totalitaire à deux vitesses. La référence du gouvernement polonais au « gène de la résistance » typiquement polonais est interprétée comme un signe de « lâcheté » de l'exécutif ; on lit même chez Fritz que le gouvernement « recule devant son propre électorat » - une étrange compréhension de la démocratie : la vision allemande de l'Etat de droit implique-t-elle que les gouvernements doivent désormais passer outre la volonté claire de leurs électeurs ?


C'est ainsi que, d’un côté, l'on reproche à la Pologne de ne plus être un Etat de droit, de ne pas respecter les valeurs européennes et de persécuter les minorités, tout en la critiquant d’un autre côté pour avoir voulu éviter d'ériger en obligation légale l'utilisation d'une thérapie génique largement expérimentale et dont il est prouvé qu'elle entraîne de nombreux effets secondaires souvent graves - et ce, de préférence, dès le plus jeune âge, voire même pour les enfants (bien que leur risque de souffrir des effets secondaires du vaccin soit nettement plus élevé que celui de souffrir du covid-19 symptomatique). Maintenant, il est tout à coup souhaitable d'interdire aux personnes non vaccinées l'accès aux hôtels, restaurants, magasins, cinémas, transports en commun et même aux marchés de Noël et, comme en Autriche, de demander même des peines de prison d'un an pour les personnes non vaccinées. L'adage « deux poids, deux mesures » a rarement été aussi clair que dans la critique allemande des mesures covid polonaises, qui ont fait de ce pays prétendument « autoritaire » l'Etat le plus libre d'Europe – pour le moment du moins. Car la Pologne sait que la liberté ne doit pas être limitée au nom d'un « bien suprême » : la liberté EST le bien suprême. Mais comme chacun sait, ce qui est annoncé à Berlin est répété en écho par Bruxelles, il n'est donc pas étonnant qu'Ursula von der Leyen demande une vaccination obligatoire en même temps que le gouvernement allemand désigné - et ce, pour toute l'Union européenne.


La Pologne aura-t-elle le courage de s'opposer à l'ingérence allemande et européenne et de défendre la liberté plutôt que la contrainte, ou est-ce que l’annonce récente de vaccination obligatoire pour certaines professions ainsi que la limitation des capacités d’accueil de certains lieux publics pour les non-vaccinés annonce-t-elle déjà une défaite ? Il est clair que derrière le passeport vaccinal, il n'y a finalement rien d'autre que la banalisation indirecte d'un système de crédit social comme en Chine. Dès que le citoyen se sera habitué à ce que ses droits de liberté innés, donnés par Dieu, soient désormais conditionnés et puissent être suspendus à tout moment, et dès qu'il aura pris l'habitude de devoir s'identifier à l'entrée de chaque lieu public, le pas vers de prochaines restrictions de sa liberté sera enclenché, comme l'extension de ces mesures de contrainte au « bon comportement » politique ou écologique.


Que les Allemands et autres correspondants étrangers se fassent mousser et critiquent le « gène de la résistance » polonais, leur colère ne fait que montrer à quel point l'esprit de liberté polonais entrave leur désir de mettre toute l'Union européenne sur pied d'égalité, tout en donnant du courage à tous ceux qui luttent pour leur liberté à l'ouest de l'Europe. Puisse la Pologne rester fidèle, dans ce domaine également, à son envie de prendre des décisions autonomes et indépendantes et de ne se soumettre ni à Berlin ni à Bruxelles.

 

David Engels, essayiste et historien belge, est professeur d'histoire romaine à l'Université libre de Bruxelles et travaille pour l'Instytut Zachodni à Poznań.


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