2022 : une guerre des symboles ?

Ce début d’année 2022 est agité, agité par la covid encore une fois, mais également par ce que l’on pourrait appeler une guerre des symboles.
 2022 : une guerre des symboles ?

 

Le premier d’entre eux suscite depuis longtemps déjà des polémiques récurrentes, mais un point sommital a probablement été atteint avec l’attribution de la Légion d’honneur à Agnès Buzyn, ancienne ministre de la Santé aujourd’hui mise en examen pour « mise en danger de la vie d’autrui ». Ses défenseurs diront qu’elle n’est pas encore condamnée, que son casier est vierge, qu’il n’y a donc pas contradiction avec l’attribution de la Légion d’honneur, et pourtant… Quand bien même mettrions-nous de côté sa mise en examen qui aurait dû susciter la plus vive méfiance des enquêteurs de moralité, il subsisterait toujours sa démission à fin purement électoraliste, son retrait au moment d’affronter la tempête covidienne, et donc un manque de vaillance, un manque de courage et d’engagement que la Légion d’honneur, qui récompense précisément les services rendus à la patrie, ne peut pas auréoler. Il est toujours possible de discuter qui mérite ou non la Légion d’honneur, mais il y a des évidences, et il est évident que Madame Buzyn, ni pour l’absolue dignité de sa conduite ni pour la hauteur de ses services rendus au moment de sauver le bateau France dans la tempête ne mérite la récompense suprême du pays. Lui attribuer c’est évidemment affaiblir considérablement le sens de cette récompense, c’est dévoyer un symbole et c’est jeter le discrédit sur l’honnêteté et la dignité de celui qui lui attribue et de ce qu’il incarne : le président de la République et la France.


C’est là le premier symbole malmené, mais il y en a eu un second en ce début d’année : le drapeau tricolore. Votre humble serviteur n’est pas un amoureux fou de ce drapeau, puisqu’il a des convictions royalistes assumées, mais ça reste l’incarnation de la France et de pages glorieuses de son histoire qu’il convient de respecter. Ce drapeau tricolore a été invisibilisé au moment des vœux présidentiels, tant sur la façade de l’Élysée que celle de la tour Eiffel ou encore sous l’Arc de Triomphe où figurait seul le drapeau européen. D’une part, il y a là une entorse protocolaire, mais au-delà même du protocole, il y a un problème manifeste lorsqu’un président de la République française s’adressant aux Français relègue à une présence anecdotique, voire quasi invisible, le drapeau français. Son nouveau statut de « président de l’Europe » ne passe pas avant le mandat que lui a confié le peuple de France, il ne le domine pas, et surtout quand on adresse ses vœux aux Français. La polémique qui s’en est suivie a principalement porté sur la présence du drapeau européen sous l’Arc de Triomphe, drapeau qui flottait seul au-dessus de la tombe du Soldat inconnu. Le symbole évidemment est problématique. Mourir pour la France, c’est mourir pour la France, et quel que soit la symbolique du drapeau européen, ce n’est que de la trituration politique et propagandiste que de l’élever au-dessus de la tombe du Soldat inconnu. C’est une forme de récupération politique qui n’est pas sans rappeler celle de Jeanne d’Arc par la république après 1870. Jeanne d’Arc qui était morte pour le royaume de France et qui devient héroïne au drapeau tricolore contre son gré. Quelle que soit la justification, ça reste un outrage que de prêter des convictions aux morts. Que l’UE ait besoin de héros, je n’en doute pas, mais ce n’est pas en raclant les héros de nos nations respectives qu’elle s’incarnera. Tout au plus suscitera-t-elle l’indignation, et il est heureux que le drapeau européen, depuis, ait disparu.


Il y a en effet une leçon à tirer de ces deux affaires, c’est qu’en dépit de leur apparence futile, secondaire par rapport à des problématiques plus concrètes, les Français restent très attachés à leurs symboles et supportent difficilement qu’on les dévoie, qu’on les salisse ainsi que cela devient de plus en plus la mode. Les réactions à chaque atteinte sont épidermiques, et c’est une très bonne chose. Aujourd’hui, les symboles de la France sont continuellement soumis aux coups de semonce ou parfois même au feu nourri des « progressistes » qui détestent ces symboles issus d’une France trop blanche, trop chrétienne, trop patriarcale. Il faut virer ces symboles pour mettre de la « diversité, du multiconfessionnalisme, des femmes ». Ils sont soumis au feu nourri des mondialistes qui veulent diluer les identités dans un magma informe né de la destruction de « l’Ancien Monde ». L’UE s’est depuis longtemps éloignée de sa mission de paix pour devenir la pierre angulaire de cette dilution qui passe déjà par une harmonie linguistique recourant au sacro-saint « anglais » (on pourrait parler des cartes d’identité bilingues). Les symboles de la France sont attaqués par ceux-là mêmes qui sont censés en être les premiers gardiens, et cela devient, aux yeux des Français, de plus en plus exécrable. Pas seulement aux Français d’ailleurs, dans de nombreux pays ce genre d’atteintes n’est plus digéré par les peuples. Il est grand temps que les dirigeants comprennent qu’il y a une large aspiration des Français à renouer avec ce qui fait leur fierté, et non à avaler cette avalanche de pseudo-symboles censés incarner la société contemporaine aussi grise que terne, peuplée de faux héros. Oui, les symboles de la France sont nés dans les conflagrations, dans la violence, parfois dans le sang versé, mais c’est ce qui en fait le sens. Ils n’ont pas à être représentatifs de la société du XXIe siècle, à fortiori d’une société lâche qui devant la covid n’ose même pas se mettre debout pour boire un café. Ils ont à être représentatifs de ce qui a fait la gloire de la France, et pour l’heure cette gloire ne se trouve pas dans la société woke que des esprits médiocres veulent pour ce pays.  

 

Alexandre PAGE, docteur en histoire de l’art et écrivain

 


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